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LA. PASSION, PREMIER MOBILE DE LA RELIGION

l'instrument nécessaire de toute science et le principe d'innombrables erreurs. Il n'est donc pas étonnant que l'homme qui manque d'une science spéciale des propriétés et des lois de la nature commence par les imaginer conformes au type immédiatement connu, le type humain. Or, que sait-il principalement de ce type, avant d'avoir réfléchi sur les conditions propres de l'intelligence? Il sait que les phénomènes se produisent par des volitions, sous l'influence des passions. Il verra donc des sortes d'actes et des sortes d'intentions à son adresse dans tous les changements de la nature qui afïectent sa destinée. Au reste, n'oublions pas que le travail le plus artificiel de la raison a pu seul amener des spéculations formellement contradictoires avec les premières impressions de l'humanité et produire ce système étrangement abstrait qui construit l'idée de la matière pure, ensuite ramène la vie et l'espiit à cette matière. Mais une science moins réaliste et plus réelle a reconnu le rapport intime de la force avec la volonté, et rétabli la donnée profonde des idées et des fins dans le monde. Le fétichisme le plus barbare était moins éloigné de la vérité que l'atomisme épicurien; et les sentiments spontanés de l'homme enfant ont moins péché dans l'inspiration que par l'application.

Envisager des passions au fond des phénomènes naturels, quand soi-même on ne connaît d'autres formes de la passion que la forme humaine, c'est nécessairement éprouver à son tour des passions visà-vis de ces phénomènes, ou des êtres quelconques que l'on pense en être la source. Soit donc que l'on croie apercevoir, dans l'essence supposée d'un phénomène, la cause directe des modifications auxquelles on attache un intérêt, soit qu'on remonte à des volontés plus éloignées et d'un siège plus obscur, il doit arriver que l'on se comporte autant que possible avec l'objet lui-même ou avec ses auteurs putatifs comme on le ferait avec des hommes. Mais l'intention présumée de cette personne qu'on imagine est souvent obscure ; ses actes varient, et on se perd à expliquer raisonnablement ses variations; sa puissance est mystérieuse, inattendue et parfois terrible dans ses effets ; son intelligence est cachée, et pourtant, si elle nous connaît, si elle nous veut du bien ou du mal, il faut aussi qu'elle nous entende et soit sensible à nos actes et'à nos paroles. Ainsi nous sommes en rapport passionnel avec la volonté, substance ou cause de notre objet dans la nature : en cela, nous la concevons exactement comme un homme; d'un autre côté, le mystère qui est en elle et les pouvoirs par lesquels elle nous domine donnent un caractère tantôt de terreur, tantôt d'exaltation soumise et adorante à notre passion, im caractère souverain et sacré à la sienne. Ici paraît le sentiment religieux : la volonté externe est dieu ou divine, car il faut appliquer déjà ce nom

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