LA SUPERSTITION ET LE CULTE DES FETICUES
d'une idée qui doit tant s'agrandir, et on fait pour un dieu les actes que l'on croit propres à se le rendre favorable.
Quels sont ces actes? L'induction la plus simple les révèle tels que l'expérience les a constatés partout chez l'homme sans culture et sans raisonnement, borné aux sentiments les plus simples. Dès que nous croyons cet être quelconque animé d'une passion variable par rapport à nous, nous nous attirons sa bienveillance par des dons, par des offrandes. Dès que nous le croyons sensible à nos peines et capable de les adoucir, nous lui adressons des prières. Quand nous le supposons irrité de notre conduite, nous le prions encore, et de plus, pour le fléchir, si nos actes sont réparables, nous les réparons; s'ils ne le sont pas, nous en cherchons d'autres qui soient de nature à montrer notre soumission; nous prouvons notre sincérité et notre repentir en nous soumettant à de certaines peines ou privations,, utiles ou non à la personne de l'offensé, mais propres à nous remettre dans l'état où nous étions avant la faute : ainsi peuvent naître des idées de -pénitence, d'expiation, de purification, de vœu, et toutes les pratiques que l'imagination suggère pour leur donner un corps. Enfin le mérite d'une offrande est d'autant plus grand que l'objet offert est plus précieux et que le donateur s'en prive lui-même : à ce point de vue, le don acquiert la valeur d'un sacrifice. Tels sont, tels ont été en tous lieux les premiers éléments de la religion.
L'application de ces éléments, dans telle ou telle direction morale, doit évidemment varier selon que varie l'intelligence de l'homme et que ses regards s'élèvent ou s'abaissent dans la contemplation des phénomènes. Les circonstances et les événements naturels sont une autre cause de diversité. La plus importante est certainement la détermination actuelle de la moralité et des passions, car l'admiration, la vénération, la terreur, la haine, la bassesse président indifféremment aux relations que la religion crée avec les puissances invisibles; et il est clair que l'homme, ne pouvant poser ces relations qu'à l'image de celles qu'il s'est créées avec ses semblables, y imprime la marque des idées de justice, ou, au contraire, des habitudes de caprice et des mœurs violentes qu'il s'est faites. De là vient que, dans un même ordre de société, à un même degré de développement religieux et au sein d'une même race, on voit des tribus dont les pratiques offrent un caractère habituel de douceur, à côté d'autres qui se plaisent constamment aux rites sanglants. Les navigateurs qui découvrirent les îles de la mer du Sud furent témoins de ces différences, par exemple à Tahiti et dans la Nouvelle-Zélande.
Le fétichisme est l'état le plus abject de la religion primitive. D'autres, quand le sentiment religieux les touche, élèvent les yeux