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LA SUPERSTITION ET LE CULTE DES FÉTICHES

au ciel. Le fétichiste, inférieur par l'intelligence et bas dans ses aspirations, regarde autour de lui, et le premier objet venu, le plus indifférent ou le plus vil, devient l'objet de sa crainte ou de son adoration. Chaque fantaisie se fait ainsi son dieu et son mystère. En même temps, certains objets deviennent des fétiches de famille ou de tribu, soit que la superstition les désigne arbitrairement, ou qu'ils se recommandent à elle par leur importance naturelle, comme les fleuves et les montagnes. Il y a aussi des animaux qui sont des fétiches, tantôt tels individus, tantôt des espèces entières, ordinairement recommandablespar leurs services. Mais un caractère de cette religion inférieure est l'existence d'une grande part faite à la fantaisie, à côté de la coutume, dans la superstition.

La superstilion, facile à observer chez beaucoup de tribus afri = caines, consiste dans le sentiment intime d'un rapport entre les événements heureux ou malheureux de la vie humaine avec les dispositions cachées d'une chose quelconque, si étrangère qu'elle y paraisse. L'explication d'un phénomène moral qui étonne à ce point la raison formée et exercée est facile selon nos principes. La loi du vertige intellectuel en rend complètement compte (voir Essais de critique générale, Deuxième essai, § XII).

Et d'abord, que des rapports étranges, arbitraires, sans ombre de probabilité aucune, puissent venir à l'imagination et la frapper plus ou moins, c'est ce qui est incontestable. A celui qui ne sait point cela pour s'être observé lui-même, on peut citer le témoignage d'hommes que personne n'accu?era d'avoir manqué d'esprit ni de culture (voir Rousseau, Confessions, I, vi).

Ordinairement, les suppositions de ce genre ne font que traverser notre pensée : l'accident, alors, s'explique par la loi de l'association des idées et par le fait de la généralité de la fonction intelleclive qui se prête à tout ce qui est logiquement possible. Mais^ au lieu de passer, elles persistent, là oîi la représentation est presque ï^ans réflexion et sans examen. L'homme entièrement dénué de critique croit tout ce qu'il se représente, à peu près comme l'homme endormi. Sa crédulité ne trouverait des bornes que dans l'expérience ou l'autorité; mais ici l'autorité n'est que celle de ses pareils, ou de la tradition qu'ils ont établie, etqui,dans l'état social d'une infime tribu, est rarement constante; et l'expérience voudrait un observateur capable d'en tirer profit. Ajoutons que toutes les tribus fétichistes ont des sortes de ministres dont les facultés extatiques et divinatoires sont particulièrement développées. Chacun les consulte et subit la contagion de leurs fantaisies vertigineuses. Il peut aussi se rencontrer parmi eux quelques hommes plus clairvoyants qui embrassent la profession lucrative de . servir la superstition commune. Et ces fonctions sont souvent hérédi-

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