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LA SUPERSTITION ET LE CULTE DES FÉTICHES

taires, comme cela doit être, l' instruction spéciale, les pratiques ou même les aptitudes se transmettant des pères aux fils.

On remarquera sans peine que beaucoup de superstitions petites et misérables, encore très répandues chez nous, s'expliquent par les mêmes principes. Leur origine et leur transmission dépendent des mêmes causes que celles de plusieurs articles du culte des fétiches. Les personnes qui en sont le plus infatuées auraient les meilleures dispositions pour le pratiquer, si elles étaient élevées dans un milieu convenable. Je veux parler ici des craintes niaises bien connues, telles que les treize à table, les voyages le vendredi, la salière renversée, eic. La crédulité s'appuie sur l'expérience prétendue, laquelle dépend de ce que le superstitieux note les cas de rencontre accidentelle de l'événement réel avec l'événement redouté, et demeure inattenlif aux cas de non rencontre. C'est également ainsi qu'il faut se rendre compte de la foi que tant de personnes ajoutent aux pressentiments, de celle des marins et des jardiniers à l'influence des phases de la lune sur les changements de temps, influence que l'observation méthodique dément, et enfin de celle de tant de météorologistes improvisés qui amusent le public et souvent se trompent eux-mêmes avec des prédictions du temps tirées de formules de leur invention.

Maintenant il nous suffira de rapprocher la définition du penchant superstitieux de celle des éléments primitifs de la religion, pour comprendre tout ce que l'imagination a pu créer dans l'ordre du fétichisme. Aussi me bornerai -je à l'indication des points principaux. Le fétiche est l'objet dont l'influence cachée et intentionnelle fait le bonheur ou le malheur de l'homme, accomplit ou contrarie ses désirs : il s'irrite ou s'apaise pour des motifs et par des moyens que la divination fait connaître au besoin. Et si les prédictions et l'attente viennent à être démenti 3S par le fait, on en conclut qu'on a mal procédé, ou que la satisfaction du fétiche était autre ou plus difficile à obtenir qu'on n'avait cru (1). On prie son fétiche, on fait des voeux, on jeûne, on s'abstient de certaine nourriture à son intention. On lui offre des aliments et des boissons, que l'on se permet tantôt de consommer soimême, en tout ou en partie, et que tantôt l'on jette ou l'on dépose (dans le fleuve, dans la mer, à terre, sur un arbre, etc.), afin que les éléments les absorbent ou les consument.

Le fétiche sert encore d'amulette; il y a manières de le préparer

(1) Livingstone objectait à un sorcier nègre que les rites qu'il employait pour faire pleuvoir, bien souvent ne faisaient pas pleuvoir, quoiqu'il n'y manquât rien. Mais c'est comme chez vous, répondait le nègre; vous adressez à votre Dieu des prières pour obtenir la pluie, et, tout comme mon fétiche, tantôt il vous l'accorde, tantôt il vous la refuse. L'issue, si elle est mauvaise, ne prouve rien contre l'elficacité des pratiques non plus que des prières.

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