DF. LA NOTTON DE DIEU COMME CAUSE ABSOLUE
nent à connaître ou à diriger. On s'est demandé souvent si l'idée de Dieu est un apanage inaliénable de l'humanité et se retrouve chez tous les peuples, à quelque état de dégradation qu'on les rencontre. Les auteurs de la question entendaient évidemment par ce mot Dieu l'idée générale de cause appliquée au monde en sa totalité. Or il appert des récits de voyageurs que beaucoup d'hommes interrogés, dans les tribus sauvages, ont été trouvés incapables de s'élever à un concept si universel. D'autres ont compris la question, et par cela même ont pu répondre qu'un tel Dieu existe, car la notion de causalité, comme toute autre notion d'une généralité semblable, est telle que l'esprit rapplique naturellement et sans réserve aucune, avant l'intervention de la critique. En revanche, il est constaté que l'esprit humain, dans les mêmes conditions, mis en demeure de se prononcer, donne quelquefois la préférence à l'idée générale de l'existence sans cause et en appelle à l'éternité pour se tirer d'embarras. C'est que l'antinomie qui a donné tant de tourment aux philosophes a véritablement sa source dans le jeu spontané des catégories intellectuelles. Ils ne se sont pas encore mis d'accord pour la résoudre.
Quoi qu'il en soit, ces sortes de spéculation sont peu naturelles, dans l'état de l'intelligence que nous considérons. Amené par l'insistance d'un missionnaire à convenir de l'existence d'une cause absolue, le sauvage remarque aussitôt que cette cause ne le concerne en rien et ne l'intéresse point. Son bien-être dépend exclusivement de ses fétiches. Avouons que toutes les religions, si éloignées qu'elles aient été du fétichisme proprement dit, ont encore fait dépendre la bonne conduite et le salut de croyances et de pratiques fort étrangères au concept de la cause universelle, quoique rattachées à des commandements divins.