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RELIGIONS DES RACES BORÉALES

donnent au fétichisme un développement immense et extravagant. Les tribus moins noires de l'est tiennent de ce système religieux, plutôt par des superstitions, qui ne le caractérisent pas exclusivement, que par la nature et par les applications de l'idée des forces divines. La passion religieuse est aussi beaucoup moins exaltée chez elles, plus difficile à observer et à saisir. Il en est de même des Papouas et des indigènes de l'Australie. Ceux-ci sont tout semblables aux nègres, si l'on regarde à leurs pratiques en fait de charmes, de présages^, de sortilèges^ de songes et de convulsions divinatoires, à leur thérapeutique d'enchantements, à leurs règles de choix ou d'abstention touchant les aliments. Si ensuite on cherche à quels dieux ils s'adressent, on ne leur trouve que des croyances, moins arbitraires et puériles si l'on veut, mais aussi moins vives, moins ardentes et plus mal déterminées, dont on a peine à saisir les formules. Un être malfaisant qui produit les fléaux naturels, et dont il est possible de détourner la colère par des actes convenables ; peut-être un génie du bien, tout aussi peu défini, qui lutte contre le premier; enfin l'existence des âmes et leurs transmigrations, mais imaginées confusément et sans doctrine fixe, voilà ce qu'on a cru apercevoir de croyances chez les Australiens. Ils connaissent à peine les sacrifices proprement dits, et leur anthropophagie n'est qu'un mode de satisfaction des passions de guerre et de vengeance, jointes aux appétits pervers que stimule la faim. Je reviendrai sur ce dernier point à propos des Polynésiens.

Il existe une réelle similitude entre cet état religieux des races noires dont les adorations fétichistes sont peu développées et celui des tribus, d'ailleurs si différentes et plus nobles, qui vivent de chasse et de pêche au milieu des glaces boréales. Ici les difficultés constantes de la vie, l'habitude du travail entretiennent une moralité relative. Des familles, qui, placées dans de si dures conditions physiques, auraient cédé à l'empire dos vices et des passions qui régnent ailleurs, c'est-à-dire qui, d'une part, se seraient livrées à la paresse et, de l'autre,, auraient voulu vivre de pillage, n'auraient point tardé à s'entre-détruire. Loin de là^, la guerre aux animaux féroces et les dangers continuels des expéditions de la saison d'été sont devenus le mobile de l'activité et du point d'honneur. C'est le seul lieu de la terre où l'antagonisme de tribu à tribu n'ait pas figuré comme un mode essentiel de la vie passionnelle de l'espèce humaine. On n'y a pas moins ignoré le genre de passions qui poussent les uns à commander, les autres à obéir, et portent en d'autres circonstances à la fondation des empires. Les sentiments bienveillants et l'esprit d'égalité, par conséquent de justice, ont été dominants chez les races boréales. Nous avons cependant l'habitude de les traiter avec mépris.

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