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RELIGIONS DES RACES BORÉALES 2I

La cause en est le petit nombre d'idées dont nous les voyons en possession; sans doute aussi le vice peu aimable qui caractérise partout la vie laborieuse et bornée à la matière, je veux dire la dureté, l'avarice, un égoïsme prononcé.

Ces tribus ont à la vérité des sortes de fétiches que consacrent traditionnellement les ministres de leurs croyances. Il y en a de publics et de privés, tantôt des idoles de forme grossière, tantôt des pierres sacrées sur lesquelles on dépose des offrandes pacifiques. Mais leur culte paraît n'avoir qu'une faible importance, et il s'y joint quelquefois des notions d'une autre nature, par exemple celle de l'existence de deux génies, un bon et un mauvais, un auteur de la vie et un auteur de la mort, dont la lutte remplit le monde et gouverne les phénomènes naturels. On remarque aussi, sur certains points, des éléments sensibles de ce travail d'imagination qui chez d'autres peuples a donné naissance à de vastes mythologies. Par exemple, les Kamtschadales regardent la nuit, le ciel sombre, comme un voile de tristesse dont se couvre l'épouse d'un Dieu en l'absence de son époux ; l'aurore est la couleur dont cette femme divine embellit ses joues à l'approche de celui qu'elle aime. Chez les Lapons, l'arc-en-ciel est l'arc du Dieu qui lance des flèches contre les esprits malfaisants, etc. On trouve avec cela quelques faibles essais de cosmogonie, mais grossiers et peu réfléchis.

Une croyance qui parait générale est celle des âmes et de leur survivance. La conduite future qui leur est faite, les transmigrations qu'elles doivent accomplir, restent souvent très vagues, et d'autres fois se déterminent au gré d'une imagination libre et variable, lly a deux séjours: l'un fortuné pour ceux qui ont succombé héroïquement dans les travaux du courage, à la chasse notamment ; l'autre plus dur, au service d'un maître exigeant, pour ceux qui ont attendu la mort dans leurs demeures. Ici, l'Elysée est souterrain ou sous-marin, placé dans des grottes profondes, où les âmes, elles-mêmes mortelles, ne parviennent qu'à travers beaucoup d'épreuves et de dangers. Là, on préfère se représenter le lieu de repos et d'abondance dans les régions au-dessus des nuages. Ailleurs, ce sont les âmes des méchants et des auteurs de mauvais sortilèges que l'on condamne à errer et à maigrir dans l'air, ballottées sans trêve par les vents. Des idées morales se font manifestement jour au milieu de ces croyances. Et il n'est pas sans intérêt de retrouver, chez des peuples d'une si pauvre culture intellectuelle, une ébauche de la foi que des nations plus heureuses ont perfectionnée en fixant, par la force des institutions politiques ou sacerdotales, leurs traditions religieuses progressivement enrichies.

Ce commencement de spéculation n'aboutit pour les tribus boréales

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