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ni à des dogmes fixes ni à des cultes réguliers. Toutes les pratiques religieuses qu'on a "pu observer çà et là chez elles se réduisent à des oftrandes, qui sont des sortes de sacrifices, mais demeurés à l'état élémentaire ; puis à des cérémonies de purification, en faveur de ceux qui pour des raisons quelconques sont supposés avoir encouru la colère des puissances divines. Les ministres de la croyance publique donnent carrière à leur imagination et indiquent les procédés à suivre : ce sont des hommes ou des femmes disposés aux phénomènes extatiques et qui ont reçu de la nature ou de l'hérédité le tempérament de leurs rôles. A certains moments, la contagion étend l'influence de ce tempérament et de là viennent des scènes de convulsions et de prophéties dans les assemblées. L'usage et les traditions déterminent et fixent plus ou moins exactement les formules de ce qui doit alors se passer ou se révéler. Une instruction spéciale se transmet des pères aux fils. Au reste, ces peuples connaissent très bien les moyens efficaces de produire l'état d'extase religieuse. Les Groenlandais, par exemple, font usage du jeûne et des tortures volontaires pour se mettre en rapport avec les esprits. Ces moyens ont réussi partout, et des religions plus fières que celles dont nous parlons ne le.s ont pas méprisés. Nos convulsionnaires jansénistes, dans le siècle dernier^ n'en employaient pas d'autres pour se rendre capables de faire des miracles. Cependant le procédé le plus répandu dans les régions polaires est plus grossier : l'excitation due au son du tambour et aux mouvements du corps suffit ordinairement pour inspirer les sorciers ou les magiciennes (ainsi que les nomment les voyageurs). Une fois excités, ils prophétisent et révèlent les dispositions et la volonté des esprits. Quelquefois le tambour lui-même sert à la divination, à l'aide d'une chaîne qu'on y renferme et dont les anneaux forment différentes figures qu'interprète le devin. Il est inutile que je m'arrête à ce qui peut s'allier de superstitions à ces pratiques : sortilèges, incantations, interprétation des songes, etc. Tout cela est commun au même degré aux peuples dont je me suis occupé jusqu'ici et à plusieurs de ceux dont je traiterai encore. Remarquons seulement, chez quelques tribus du nord, le phénomène curieux d'un pouvoir attribué à l'homme sur la nature elle-même. Je veux parler de la puissance de lier et de délier les vents. L'enchanteur manie à cet effet certains nœuds qui peuvent être, dans sa pensée, ou des symboles ou les vrais moyens de l'acte merveilleux. On ignore sans doute lesquels^, et lui-même le sait-il bien?
Franchissons maintenant l'espace d'un quart de méridien. Nous allons retrouver les mêmes caractères généraux de religion, chez une race bien (iillV'iente, sous un climat difïéreut, avec de tout autres
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lialtllufles, el dans les douceurs de la vie fainéante, et dans l'horreur des guerres d'anthropophages (1). Les Polynésiens nous présentent en etlet un fond de pratiques et d'idées tout semblable à celui des tribus africaines, australiennes, boréales, américaines. L'existence de ce fond commun ne prouve rien déplus que l'identité des données mentales en des conditions physiques diverses ; aussi le développement varie-t-il, comme nous l'avons déjà vu, et comme nous le verrons mieux dans la suite, en même temps que varient l'intelligence et la moralité. Certaines parties de culte et de croyance se font jour ou s'étendent; d'autres demeurent obscures ou vont en s'affaiblissant. Dans la Polynésie, le fétichisme proprement dit tient peu de place, quoique l'imagination superstitieuse se montre encore créatrice, au détriment des autres fonctions intellectuelles. Il y a tendance manifeste à la production des idées mythologiques et théologiques, parfois même morales ; et ces ébauches de dogmes varient d'archipel en archipel, et les cultes ne sont point partout également ni constamment barbares, malgré l'analogie étroite de race, de langue et de concepts, ce qui prouve encore une fois combien les formes religieuses dépendent de la liberté et des habitudes de la vie morale. Quelques vices de moins, quelques facilités de plus pour former des sociétés d'une certaine étendue, et il est probable que les peuples de la Polynésie, livrés à eux-mêmes, auraient pu atteindre au même degré de développement religieux que telles tribus aryennes avec lesquelles ils ont des rapports sensibles.
Les Polynésiens ne sont peut-être qu'une race secondaire, où entrent en proportions variables des éléments malais antiques, des éléments australiens, d'autres encore, selon le gisement des îles. Il ne faudrait pourtant pas accorder une valeur décisive aux arguments que l'ethnologie et la linguistique fournissent en faveur de cette opinion, car on peut croire aussi que des éléments étrangers se sont introduits dans telle ancienne race qui, établie sur des points de la Malaisie, par exemple, s'est ensuite répandue à l'est et au sud. Dans tous les cas, la religion des îles, depuis les Garolines jusqu'aux Marquises et à la Nouvelle-Zélande, en contournant l'Australie et laissant de côté les races mélanésiennes, nous offre des caractères partout analogues avec une institution commune, vraiment originale et importante, qu'on appelle le tabou.
Ce nom représente à la fois la forme habituelle de la superstition
(I) Je m'exprimerai volontiers au présent, en rapportant les croyances de la Polynésie. C'est que hier encore elles existaient; mais elles disparaissent de jour eu jour et très rapidement, quelquefois avec les peuples eux-mêmes, comme dans la Nonvelle-Zolande.
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dans celte partie du monde, et l'idée d'obligation et de loi, et un moyen de gouvernement et de police entre les mains des prêtres et des chefs. Le tabou est tout ce qui est voué, consacré, inviolable ou interdit à un titre quelconque ; ce qu'il est défendu d'approcher, de voir, de toucher, de manger; ce qu'il n'est pas permis de faire en tel temps et de telle manière. Les lieux, les choses, les personnes et les actes se tabouent à volonté, et ces sortes de consécrations ou de prescriptions sacrées ont pour sanction la vengeance attendue des puissances latentes, et presque toujours la peine de mort infligée par leurs ministres. On comprend qu'elles servent à beaucoup d'usages difl'érents : elles assurent l'observation des règlements en matière de consommation ou de travail; elles garantissent les privilèges du sexe mâle et ceux de la caste supérieure, soit en protégeant les personnes, soit en leur réservant des aliments abondants et choisis ; elles expriment enfin l'idée de sainteté attachée aux offrandes, aux vœux, aux privations volontaires et à divers actes de culte introduits par l'imagination populaire et le caprice individuel.
La détermination du divin en Polynésie s'applique surtout aux forces naturelles, aux éléments et aux météores animés et personnalisés, mais avec une tendance anthropomorphique très marquée qui dépasse le fétichisme. On trouve çà et là des amulettes et de petites idoles assez sem.blables à des fétiches, mais que l'on peut prendre aussi pour des représentations de divinités. Quoi qu'il en soit, il est incontestable que la croyance publique envisage de véritables personnes divines et les charge de produire les phénomènes : les bruits de la nature sont des voix de dieux ; des dieux déchaînent les tempêtes et lancent le feu des volcans ; il y a un dieu du temps et des saisons, un dieu de la mer, des dieux de localités; un dieu forme la terre sous les eaux, la soulève peu à peu, la soutient et quelquefois la secoue (Tonga, Nouvelle-Zélande); ou bien un dieu, c'est celui des arts et des découvertes, la tire du fond de la mer avec une ligne de pêche^, puis la couvre de plantes et d'animaux et la peuple de ses propres fils (Tonga); ou encore un Grand-Être qui vivait dans l'espace a formé de ses membres et de ses organes dispersés le ciel, la terre et les astres (Mariannes). Mais il est à remarquer que les phénomènes célestes ont peu touché ces insulaires, dont les regards s'abaissaient constamment sur la terre ou sur la mer.
Suivant cette direction d'esprit, si les personnes divines se lient aux phénomènes, elles s'en détachent aussi par une existence propre, et il devient possible d'affecter des dieux à des idées ou à des influences morales. Ensuite, les dieux n'étant que des êtres de forme humaine qui se recommandent par quelque pouvoir supérieur, on
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est aisément conduit à prendre la contre-partie de l'anthropomorphisme, c'est-à-dire à diviniser des hommes. C'est ce qui est arrivé dans la Polynésie. Ainsi le dieu de la mort, le dieu de la guerre, le dieu des arts sont de véritables personnifications morales. Les dieux qui ont émigré sur la terre ou qui l'ont peuplée de leurs nobles descendants (Touga, Tahiti), ceux qui ont donné à l'humanité les animaux utiles (Marquises), sont des espèces d'êtres anciens et puissants qui ne diflèrent de l'homme que par le séjour et la nature ou l'étendue des pouvoirs. Enfin, de simples hommes sont apothéoses, soit après la mort, soit même pendant leur vie ; car les mânes des nobles et des chefs passent pour se mêler aux êtres supérieurs et exercer encore une influence sur les vivants (Touga, Sandwich); et s'il se trouve un homme dont la vie, la puissance ou les œuvres excitent vivement l'admiration, c'est un Dieu véritable, ou tout au moins le réceptacle d'un Dieu : Cook reçut l'apothéose à Haouaï et se prêta sans le savoir aux cérémonies. On a vu même, aux Marquises, un naturel qui vivait dans la solitude être l'objet de la vénération et de la terreur et recevoir des sacrifices humains.
Au reste, à côté de ces divinités bien définies, qui ont quelquefois leurs tenîples et leurs prêtres, il existe des croyances plus vagues et plus arbitraires, portant sur les génies bienfaisants ou malfaisants que la superstition fait flotter dans les éléments, et sur l'existence assez indéterminée des mânes, et sur les nombreuses pratiques delà divination^ des charmes, des présages et des iugements de Dieu. Les idées de vie et de rémunération futures sont à peu près nulles dans la plupart des îles. Ce n'est qu'aux Carolines et aux Mariannes, séparées de toutes les autres, et remarquables par un certain développement des notions morales, qu'on a trouvé la croyance à des séjours différents des âmes, et aux peines ou récompenses qui attendent les morts. Aux îles Mariannes, le lieu des tourments était afTecté aux morts de mort violente, et, aux Carolines, la destinée future s'envisageait comme directement dépendante des qualités bonnes ou mauvaises des défunts. Le culte des mânes se rattachait naturellement à cette croyance et formait le fond même d'une religion presque toute domestique. Dans ces mêmes îles étaient répandus des mythes sur l'existence et l'intervention antique de certains êtres célestes, ainsi que sur l'introduction de la mort dans le monde par l'action d'un esprit malin. Mais il se pourrait que ces deux traditions fussent d'origine étrangère, peut-être japonaise. Dans cette hypothèse, qui n'est pas sans vraisemblance (bien que sans preuve ethnologique ou philologique suffisante), les Caroiins, les seuls insulaires dont l'état social et religieux ait réellement ofïert quelque chose de la simplicité et des vertus qu'on aimait autrefois à supposer chez les sauvages, se-
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iMienlun spécimen lieureusement conservé des antiquités patriarcales (le i'Extrême-Orient.
Revenons aux Polynésiens. Il ne faut pas leur demander si leurs dieux sont éternels ou engendrés. Quand ils se posent d'eux-mènaes la question, il peut leur arriver de la résoudre par un mythe dont l'esprit se retrouve dans beaucoup de cosmogonies^ et de nous dire que les dieux sont les (Us de la nuit (Tahiti). Ordinairement, ils se contentent d'imaginer des espèces de théogonies, d'ailleurs peu développées, dans lesquelles l'origine des hommes trouve aussi sa place^ mais où ne paraît point le souci philosophique du commencement absolu. C'est que ce problème est matière de réflexion et non de religion. Ceux qui interrogent naïvement des peuples dont les croyances se taisent doivent s'attendre à n'obtenir que des réponses individuelles, improvisées et sans intérêt aucun. L'homme qui, pour la première fois sans doute, est mis en face du formidable dilemme : ou le commencement absolu ou le procès à l'infini, décide au hasard entre les termes de la contradiction confusément aperçue. Il préférerait s'en tenir aux idées mythiques de Nuit et de Chaos; et l'on est le jouet d'une illusion, quand on croit lui avoir fait professer le dogme inintelligible de l'immuable éternité antérieure. Au reste, quelques missionnaires ont poussé l'illusion encore plus loin, en recueillant de la bouche des sauvages des explications qu'ils leur suggéraient eux-mêmes, et voulant trouver la trinité chrétienne dans une théogonie où figuraient un Dieu père, un Dieu fils et un troisième Dieu descendu sous la forme de l'oiseau (Tahiti, Nouvelle-Zélande),
Des traditions polynésiennes plus authentiques offrent avecd'autres religions un rapport d'autant plus intéressant qu'on ne saurait l'expliquer par aucune communication, et qu'il montre dès lors comment le sentiment religieux peut prendre des voies semblables en des conjonctures différentes. Je citerai d'abord la cérémonie du baptême étudiée par Dumont d'Urville à la Nouvelle-Zélande : c'est une aspersion d'eau sur le front, qui accompagne toute imposition de nom, particulièrement aux nouveau-nés, et qui se fait avec des paroles sacramentelles dont le sens parait comporter une bénédiction et une recommandation aux dieux pendant et après la vie. Ensuite, tous les voyageurs ont été frappés de la solennité de certains banquets publics, où l'on sert, à Tonga et dans plusieurs autres îles, une boisson enivrante, d'un caractère sacré, le kava. La plante qui en fournit le suc, sans être précisément divinisée, comme le soma des Aryens, est pourtant douée de propriétés miraculeuses. Mais ce qui paraîtra plus curieux, c'est la consécration des aliments à la Nouvelle-Zélande : ceux des membres d'une tribu qui n'ont pu assister à un sacrifice et prendre leur part de la chair de la victime reçoivent en place une
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nourriture à laquelle a été communiquée la même vertu; et cette communication a lieu par le contact d'un corps fnhoué, qui lui-même a été approché de la chair, avec les prières ou invocations convenables. La victime est une victime humaine.
Le dernier trait que je veux citer est d'une autre nature et relalit' à l'archipel de Tonga. C'est un fragment de théogonie dont l'intention rappelle visiblement en partie les données sémitiques : le Dieu qui fit sortir la terre de la mer, selon cette légende, la peupla de ses deux fils et de leurs femmes. L'un d'eux était habile et actif, l'autre paresseux et inutile; ce fut ce dernier, l'aîné, qui tua son frère et encourut ainsi une malédiction, à la suite de laquelle l'espèce humaine fut divisée en deux couleurs. J'omets d'autres détails qui me semblent suspects, parce qu'on y sent des allusions à la race européenne ; mais le fond est admissible en ce qu'il s'accorde avec une croyance commune à Tonga, celle de l'exil ou des migrations des dieux devenus mortels. Quant à la tradition d'un meurtre primitif, on la retrouve à la Nouvelle-Zélande, avec un caractère moral tout opposé, qu'expliquent les mœurs des indigènes. Là, c'est encore l'aîné qui tue le cadet, c'est-à-dire apparemment le plus faible, et il le mange. L'anthropophagie commence parles dieux, et leur exemple la justifie.
Il me reste à parler des sacrifices. On a pu voir que, dans l'état religieux dont nous nous occupons, le culte se rapporte à peu près exclusivement à des divinités malfaisantes, qu'il s'agit de gagner ou d'apaiser. Un exemple intéressant des pratiques auxquelles peut conduire en pareil cas la croyance nous est fourni par l'usage de la mutilation du doigt, à Tonga : là, les parents ou amis d'un malade cherchent à donner satisfaction à la colère divine en se laissant amputer au moins une phalange ; mais cette nécessité reconnue tombe naturellement sur les faibles, au profit des puissants ; les enfants s'y trouvent soumis plus que d'autres. Les sacrifices humains sont une application du même principe, et les victimes se choisissent aussi parmi les hommes sans défense ; ce sont des vaincus, des esclaves, des étrangers ou d'autres malheureux dont la vie est mal garantie et semble de peu de prix. On a trouvé ces sacrifices partout en Polynésie, si ce n'est dans quelques îles de l'hémisphère septentrional et plus rapprochées du Japon. Une autre coutume très répandue est le sacrifice des femmes et des serviteurs à la mort des chefs ou prêtres de renom. Mais ici dominent sans doute des idées différentes de celle du sacrifice proprement dit.
La manducation de la victime parait se rattacher partout au sacrifice. Il est vrai que certaines ofiVandes sont laissées en tout ou en partie à la discrétion du Dieu, et qu'on les lui présente expressément
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à titre de nourriture. Mais, d'un autre côté, la victime consacrée par l'acte du sacrifice et par les cérémonies qui s'y joignent devient un aliment précieux. L'imagination y envisage des propriétés bienfaisantes, fortifiantes, déterminées selon le degré d'abaissement ou de barbarie des hommes qui forment ces sortes de concepts. On partage donc la victime avec le Dieu, et il est d'ailleurs naturel qu'on se réserve les parties les plus comestibles. Tel est l'usage général, qui peut avoir pourtant ses exceptions. Ainsi, l'anthropophagie et les sacrifices humains sont des pratiques liées, et elles le sont si bien que leur antique rapporta laissé des traces jusque dans des cuUes de formation 1res avancée et que, au premier abord, on croirait exempts de toute barbarie. Mais ce point s'éclaircira mieux par la suite.
De toutes les iles polynésiennes, c'est la Nouvelle-Zélande qui a présenté le plus complet développement de la coutume anthropophagique. J'ai déjà eu l'occasion de remarquer le sens religieux qu'y attachaient les insulaires en consacrant la chair de la victime et, accessoirement, les aliments en contact avec elle; ce qui n'empêche pas que l'anthropophagie ne fût aussi une atroce question de régime, une ressource que ces hommes avaient pu en venir à croire indispensable. Mais le sentiment qui emportait tout chez eux était celui qui convient à des imaginations possédées par l'idée de la vie violente et conquérante ensa plus etïioyable extrémité; et ce sentiment même prenait une forme religieuse. Ils pensaient en mangeant l'œil et le cœur de l'ennemi s'approprier ses qualités et sa force, augmenter leur substance de sa substance, lui voler jusqu'à la protection de ses dieux, et, par là, rayer tout à la fois son nom du livre de vie et s'y inscrire eux-mêmes en double. Aussi ces peuples vivaient-ils dans un état de division extrême et de guerres continuelles et exterminatrices. Chaque tribu se retranchait derrière des pieux et des fossés, et de là tour à tour tentait et repoussait des incursions. L'élément moral de la famille était le seul qui préservât une peuplade de la dissolution complète et de l'anéantissement, et qui lui permit, en faisant du meurtre un sacrifice et une communion, de se constituer une manière de vie sociale et religieuse dans la perversion la plus totale des idées de religion et de société.
On sait que la philosophie a vu naître aussi, dans les écoles sophistiques, un système de glorification de la force comme loi du monde, et des doctrines qu'on pourrait qualifier d'anthropophagie morale. L'idéal et la pratique de ce genre de conceptions appartiennent, on le voit, à la sphère de dégradation des passions humaines, même religieuses, encore plus qu'à celle de la spéculation philosophique. Mais de même que les aberrations de la méthode analytique et rationnelle constatent l'indépendance et la liberté de la pensée, et que se tromper,