‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 90 sur 243 · DES MŒURS POLYNÉSIENNES · texte numérisé non relu

DES MŒURS POLYNÉSIENNES

c'est pouvoir découvrir le vrai, de même aussi l'épouvantable chute du sentiment générateur des religions prouve que ce sentiment se produit et se développe dans des âmes libres et que ce n'est point une invmcible nécessité qui l'élève ou le précipite. Je ne crois pas que personne puisse voir sérieusement, dans l'état religieux dont je viens de donner une idée, quelque chose d'inhérent à la nature humaine ingénue et fraîchement éclose, abandonnée à ses premiers instincts. Cet état est donc l'efTet d'une direction perverse de la volonté, en conséquence des premiers cri mes et du trouble moral qu'ils ont jeté dans la conscience. Certes, des hommes qui sentent, pensent et agissent comme les insulaires anthropophages sont moralement inférieurs aux animaux féroces, car ceux-ci obéissent à leur nature et ne se la sont pas donnée; mais eux se sont fait la leur. Si nous voulons contester qu'ils se la soient faite, il faudra professer que l'homme est venu sur la terre non dans un état de moralité, non dans cet état neutre, encore indéterminé, qu'on appelle l'innocence, mais avec une conscience préalablement corrompue et des doctrines à la fois naturelles et perverses. L'accusation d'immoralité n'aurait pas de sens, intentée à des anitnaux ou à des êtres bornés à la spontanéité animale; elle n'est que juste contre des sauvages qui ont réfléchi comme nous, puisqu'ils ont maxime leur conduite en formulant, sous forme de religions, de véritables systèmes. Or des actes que nous jugeons maintenant mauvais peuvent bien avoir été naturels, être résultés de dispositions natives, mais comment verrionsnous des produits spontanés de la nature dans les doctrines qui expriment la conscience et l'esprit de ces actes, et dès lors les systématisent, les constituent immoraux en voulant pour ainsi dire les moraliser? Il nous faudrait nier la liberté d'abord, ensuite poser la contradiction du naturel avec le moral, et cela dans la conscience même, où nous sommes obligés tôt ou tard de faire apparaître les sentiments et les notions que nous eu aurions exclus.

La perversion de la nature humaine, telle qu'on put l'observer chez les Nouveaux -Zélandais, s'était produite dans le sens des passions haineuses et antisociales. A Tahiti, au contraire, on trouva des hommes à mœurs singulièrement douces et pacifiques, un état presque patriarcal, surtout si l'on s'en tint aux premières apparences. Les sacrifices humains y existaient pourtant et n'y étaient point rares: signe d'une identité fondamentale dans les sentiments religieux. Le Dieu était censé manger le corps, ({u'on lui vouait avec quantité de prières et de cérémonies, et le défunt lui-même intercéder et supplier auprès du Dieu pour le peuple. Au sacrifice principal s'ajoutaient d'ailleurs des offrandes de fruits et d'animaux, et la divination se faisait sur les

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