‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 92 sur 243 · I.NTHODUCl'IO.N. l'i · texte numérisé non relu

I.NTHODUCl'IO.N. l'i

raison. Personne n'ignore les supplices infligés parles Peaux-Rouges à leurs prisonniers, à leurs animaux domestiques, à leurs chiens, faute de mieux. On connaît peut-être moins les scènes de folie et de frénésie que résume le nom significatif d'une de leurs fêtes, la fête du Renversement de la cervelle. L'eau-de-vie, qui aujourd'hui achève de les détruire, cet extrait de cœurs et de langues, comme l'a nommée leur chimie idéale d'anthropophages, l'eau-de-vie n'est que le mortel succédané de leurs anciens procédés spontanés d'aliénation temporaire. Telles sont pourtant les races qu'on n'a pas craint de comparer aux Grecs des temps homériques, parce que de part et d'autre on a vu l'homme se plaire aux combats et aux discours. Mais le cœur humain des héros de VIliade et de VOdyssée est encore notre cœur humain moderne, après tant de changements, et le cœur humain des Peaux-Rouges est celui dont nous reconnaîtrons les œuvres dans la religion des Aztèques.

Il resterait à dire touchant les formes inférieures des religions des tribus; mais c'est assez pour moi d'en avoir défini l'esprit et les mobiles. Je n'aurais pas même tant insisté sur des races habituellement sacrifiées par la critique, qui les juge et les classe d'un seul mot : fétichisme, si je n'avais cru y trouver une lumière pour des questions d'origine qu'on a trop coutume de simplifier. Ce même état moral et religieux, dont nous venons de prendre une idée, a certainement appartenu aussi à des tribus de l'ancien monde. Mais, cherché dans les antiquités classique et orientale, il échappe à toutes les recherches, parce que là ces tribus, irrémédiablement déchues et condamnées, cédèrent presque partout la place à d'autres moins impures qui firent de leurs devancières des objets de répul'^ion, non d'analyse, et restèrent pour constituer à elles seules la tradition et l'histoire. Depuis le xvic siècle, l'Europe peut prendre une connaissance en quelque sorte directe de la nature des mœurs et des croyances des populations qu'exterminèrent les ancêtres des races actuellement vivantes et dominantes. De nos jours, l'histoire de l'humanité profondément intéressée à s'étudier et à se connaître a fait un nouveau pas, et nous commençons à pouvoir nous former des idées exactes de la vie et des religions de ces ancêtres eux-mêmes. En abordant le tableau de ces époques primitives, et qui nous touchent de si près cependant, c'est encore à l'état de tribus que nous trouverons d'abord les peuples, mais dans des conditions de moralité bien différentes de la sauvagerie : celles de la société patriarcale.

Page 1