SACRIFICES ET RITES DES ÉGYPTIENS
mère du dieu Taureau. L'esprit de ce mystère et sa sîgniûcation morale ressortent déjà de ce que nous avons dit des dieux de l'Egypte et du caractère de ses adorations, mais ce qui nous reste à dire de Hésiri en son rôle céleste achèvera de nous les manifester. C'étaient des sentiments de piété vive et sincère, ceux qui pendant plus de trois mille ans s'inclinèrent devant le Hapi, témoignage vivant et miraculeusement perpétué de la condescendance du bon Dieu^ et invoquèrent la longue suite des Hapis aux corps embaumés dont les âmes avaient rejoint l'âme du Hésiri immortel (1).
L'intelligence enfin conquise du mythe de Hapi nous permet de fixer par induction la nature des cultes des autres animaux divins. Nous ignorons encore les dogmes .particuliers, très probablement analogues, mais nous ne saurions douter que le taureau Mena (Mnévis) d'Héliopolis ne fût l'incarnation d'un autre dieu solaire (ou Ra ou Atoum), peut-être le Soleil du jour et des vivants, opposé à ce Soleil de la nuit et des morts qu*on adorait à Memphis. Un autre dieu Taureau, Ounouph, incarnait un dieu bon de la ville Hermopolite de Oun ; et si le bouc célèbre de Ded, ou Mendès, ainsi que le Bélier d'Amoun ne correspondent pas à des croyances du même genre, on en retrouve au moins Tesprit dans la divinité du Taureau blanc de ce dernier dieu, sous le nom priapique de Min, et dans les hommages que Ramessou II (Sésostris) lui rend sur les sculptures du Ramesséion.
Avant de passer de la théologie à la psychologie religieuse et au dogme de la reviviscence humaine, nous devons nous fixer sur un point capital : De quelle espèce était le culte rendu aux divinités de rÉgypte? C'était essentiellement un culte de latrie : l'adoration y tenait la première place. L'offrande qui s'y joignait d'ordinaire était de celles qu'on a appelées pacifiques. Au reste, les plus importants des animaux adorés étaient des phytophages; les Égyptiens leur offraient solennellement la nourriture; et la croyance aux incarnations les dispensait de cette fiction étrange et pourtant commune à tant de peuples, qui pensaient nourrir les dieux immortels euxmêmes avec la fumée des sacrifices et le liquide répandu des libations. Enfin, avec les offrandes venaient, comme partout, les prières, les implorations, peut-être l'aveu des fautes, et comme partout aussi, de la part du dieu, les grâces et la révélation de Tavenir. Nous man-
(i) Le culte de Hapi, sous une forme ou sous une autre, remonte, par les monuments, à de très anciennes dynasties, et un abréviateur de Manéthon en rapporte l'institution À Kaiéchos, second roi de la deuxième (vers 4200). Le taureau Mnévis et le bouc de Ded auraient la môme antiquité.