SACRIFICES ET RITES DES ÉGYPTIENS S
quons malheureusement de données sur les procédés de la divination dans la plupart des sanctuaires. Mais nous savons qu'ils étaient aux mains des prêtres seuls, ce que les Grecs ne manquèrent pas de remarquer, eux chez qui les dons d'extase et de prophétie n'étaient point un privilège, non plus que beaucoup d'autres dons (Hérodote, liv. II, 83).
II sufGt de mentionner cette partie du culte qui consistait en processions, en démonstrations symboliques et en fêtes bruyantes ; mais la question du sacrifice réclame notre attention. L'acte religieux de l'immolation d'un être vivant parait n'avoir été ni fondamental ni continuel chez les Égyptiens, comme il le fut chez tant d'autres nations. Soit offrande, soit expiation, on voit communément celles-ci chercher pour les dieux des victimes précieuses. En Egypte, au contraire, il était de principe de ne vouer aux sacriGces sanglants, en temps ordinaire, que des animaux méprisés, dont on pouvait supposer les corps habités par des âmes basses et méchantes. De ce nombre étaient les bœufs roux, de la couleur de Séti, le dieu détesté, couleur commune chez les hommes de race sémitique et inconnue parmi ceux du pays de Chémi, la terre noire. Une notion qui se confond d'ordinaire avec celle de l'expiation, mais qu'on rendrait plus proprement par la formule faire justice du mal (justice passionnée et barbare même quand elle se couvre de rites symboliques), se témoignait clairement dans la cérémonie du sacrifice, car la tête de la victime était jetée dans le Nil ou vendue à l'étranger, après avoir été chargée de malédictions. Le même esprit éclatait dans cette fête sauvage où l'on voyait un âne honni et poursuivi par la foule, et poussé à la fin dans un précipice : un âne, c'est-à-dire encore l'animal de Typhon et le représentant de l'homme sémite. Et c'était bien l'homme, au fond, non la bête, qu'on maudissait et sacrifiait; un symbole frappant nous en offre la preuve : je veux parler du sceau que le prêtre scelleur imprimait sur le bœuf du sacrifice et qui représentait un homme lié, à genoux, le couteau sur la gorge. Tout ceci nous met sur la voie des sacriQces humains.
Que l'Egypte, en effet, les ait connus à une certaine époque, il n'est guère permis d'en douter en présence des monuments qui Fe prêtent à conQrmer la déclaration formelle et désintéressée de plusieurs historiens. Et la légende de Busiris, ce roi égyptien imaginaire dont le nom signifie tombeau (TOsiris, ce roi barbare du bas Nil, qui immolait les étrangers poussés chez lui par la tempête, où peut-elle avoir pris naissance, si ce n'est dans l'antique réputation d'inhospitalité meurtrière du Delta? C'étaient encore des typhoniens, des roux, nous est-il dit, qu'on sacrifiait sur le tombeau de Hésiri. Mais cet usage et une autre coutume locale atroce que cite Plutarque