‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 211 sur 291 · SYSTÈME ARTIFICIEL DES PATRURCHES ANTÉDILUVIENS · texte numérisé non relu

SYSTÈME ARTIFICIEL DES PATRURCHES ANTÉDILUVIENS

vités, la tradition d*un certain nombre de patriarches antérieurs à celui qui vit le déluge, et que même le compte des temps auquel il accommode sa liste, en se contentant d'emprunter le nombre dix consacré dans la fable chaldéenne, ait pour lui quelque fondement non mythique.

En effet, le jéhoviste, après avoir conté l'extraction de la première femme, tirée par Jéhovah du flanc du premier homme, puis la première tentation et le péché de désobéissance dans Héden, puis le premier crime humain, qui est le meurtre d'un berger par un laboureur, rapporte cinq générations successives, de Kaîn à Lémek son descendant, et s'attache à marquer à chaque pas Torigine d'une civilisation qu'il réprouve. Le caractère mythique, sous la forme morale propre au jéhovisme, est sensible dans tous ces traits. Au contraire, i'élohiste, partant de la création de l'Adam mâle et femelle, procède aussitôt à l'exposition de l'arbre généalogique. Il commence àSeth, progéniture première du couple créé parËlohim, et parvient de Seth à Noah^ sans s'étendre sur les générations collatérales, par une suite de patriarches auxquels il accorde des durées de vie de dix à douze fois aussi longues que les plus longues durées normales. Son genre d'idéal est satisfait par cette fiction, à laquelle s'ajoute seulement, — trait moral et religieux remarquable qui rappelle, avec ce caractère moral en plus, le don d'immortalité fait à Xisouthros, l'homme du déluge, dans la légende chaldéenne, — l'enlèvement d^Hénoch par Ëlohim. Quant aux âges de génération, dans cette lignée antédiluvienne, ils varient entre deux et six fois l'âge ordinaire, et peuvent passer pour des multiples de ce dernier : ce qui s'expliquerait également bien dans la supposition d'une généalogie réelle, dont plusieurs degrés perdus seraient remplacés par l'amplification convenable des âges, et dans la supposition (que d'autres considérations rendent beaucoup plus probable) d'une composition tout artificielle de descendance patriarcale dont le point de départ, cette fois, ne pourrait plus se déterminer.

Pourrions-nous croire que I'élohiste nous a transmis ainsi les degrés véritables d'une lignée remontant à VAdam, au premier homme connu de sa tradition, rattaché immédiatement à Élohim, au moment où la mémoire perdue voulait être suppléée par une origine première? Après tout, les cinquante générations que ceci supposerait avant Noah ne nous feraient pas même tout à fait remonter jusqu'au commencement de la civilisation égyptienne. Mais il y a de graves obstacles à ce que nous prenions ce parti. Quand nous voyons le nom du premier ancêtre signifier l'Homme en général, et la terre rouge, le limon, et les noms de ses descendants exprimer souvent aussi des idées générales, non de celles que l'on voit partout devenir

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