CARACTÉRISTIQUE INTELLEGTUEUB DES SÉMITES
Ces deux religions, quoique si différentes, expliquent Tordre et la vie par l'action d'un principe informateur, animateur, c'est-à-dire par le dualisme de ce qui anime et de ce qui est animé. Pour l'une comme pour l'autre c'est le symbolisme, non la mythologie proprement dite, qui fournit les idées ajoutées à la réalité sensible. Seulement, d'un côté, les forces motrices et directrices, aussi bien que les symboles qui en suppléent au besoin les concepts, tiennent plutôt des catégories de l'entendement ; de l'autre, elles se rapportent beaucoup plus au genre de Toi^anisme; et cette différence est capitale en principe, et pour les doctrines qui en ressortiront.
Avec l'Aryen, un procédé tout autre de l'intelligence s'est offert à nous : le procédé mythologique. La confusion des choses et des personnes, l'identification du phénomène avec sa cause, sont portées au dernier degré par cette race, qui doit plus tard pousser si loin tous les genres de distinctions réelles et artificielles. En revanche, l'esprit d'analyse se donne carrière dans la pluralité indéfinie des rapports du cosmos, séparés et divinisés. Le mythe naît spontanément de la méthode qui concrète ces rapports, et de la langue qui les traduit en les individualisant sous des attributs humains.
Le Sémite apporte une quatrième manière d'envisager le monde. Ce ne sont plus des esprits multipliés, directeurs et ordonnateurs, soumis dans un vague concept à la volonté universelle de l'Ordre du Ciel. Ce ne sont plus des puissances génératrices, couvant dans le limon, élevées jusqu'au concept de la production génératrice par soi. Ce ne sont plus des faits naturels, se divinisant en autant de causes spécifiques personnifiées que les sens et l'imagination présentent de rapports différents. C'est l'idée de Cause placée dans une personne, un dieu, et c'est la nature envisagée comme effet. Les mythes proprement dits sont absents de la pure antiquité sémitique dans toutes ses branches. La multiplicité des dieux, ou personnes divines, porte sur leurs caractères, leurs attributs, leurs sièges, — dans l'astrologie babylonienne, par exemple, — mais ils ne sont point confondus avec les phénomènes dus à leur action ou à leurs influences. Les émanations et les cosmogonies, quand elles ont été élaborées, ont ellesmêmes supposé une idée générale de puissance première et souveraine. Cette idée est essentielle. Le langage en fait foi par la signification des noms affectés au concept de divinité : partons de ceux des Hébreux, comme les mieux connus, et nous trouverons les mêmes radicaux, c'est-à-dire les mêmes idées originaires et les mêmes impressions religieuses primitives chez toutes les nations du même groupe linguistique.
Les noms de Dieu expriment pour les Sémites, tant polythéistes que monothéistes, les notions de Force, d'Élévation, de Seigneurie et