LES RADICAUX SÉMITIQUES DE LA DIVINITÉ
d'Être. Si la notion d'être (en admettant le sens étymologique assez communément attribué au nom de Jéhovab) a prévalu un jour chez les Hébreux pour la définition de Dieu, il est remarquable qu*elle n'a jamais voulu être exclusive. Les radicaux relatifs à la puissance et à la souveraineté sont les plus anciennement communs à tout le sémitisme. Nous assistons en quelque sorte, grâce à eux, au commencement moral et intellectuel de la religion dans la série sémitique : moral^ par l'adoration de la force créatrice et le sentiment de la terreur sacrée ; intellectuel^ en ce que l'anthropomorphisme nécessaire à la construction divine s'applique directement à la Personne qui peut et qui fait, nullement aux apparences transitoires du monde.
De là vient que les idées de Création, de Révélation et d'Alliance divines se sont fait jour d'abord dans cette série, et s'y sont portées à l'absolu dans un certain groupe. C'est aussi la cause pour laquelle les peuples qui ont étroitement représenté l'esprit commun de la race ont été si impropres à la science et aux arts plastiques, si peu soucieux des œuvres de la nature et de Thomme. Leur pensée allait droit d'un phénomène quelconque à l'auteur de tous les phénomènes, et s'y conGnait dédaigneusement. Telle est la véritable caractéristique intellectuelle des Sémites, frappante chez les purs, transformée chez ceux qui, d'eux-mêmes ou par influence, ont tourné au sens polythéiste la notion commune de la puissance et de la personne divines. Ajoutons, pour être complet, que la race sémitique offre à notre analyse deux dispositions de l'intelligence et de la sensibilité qui, au premier abord, semblent inconciliables, mais dont on peut se rendre compte psychologiquement quand on les voit liées l'une et l'autre à l'anthropomorphisme le plus positif : d'un côté, cette sorte d'abstraction de la nature en vertu de laquelle se posent des notions absolues de Force, d'Élévation et de Domination; de l'autre, ce matérialisme d'impressions et de langage, si marqué dans la langue hébraïque, où Ton voit les métaphores conserver toujours leur rôle primitif et leur énergie, et les idées comme les mots échapper jusqu'à la fin à la généralisation idéale des langues aryennes. Le Sémite est le plus sensuel des hommes des races élevées, le moins propre à l'abstraction et au raisonnement. Il n'abstrait avec énergie que l'idée de Puissance et de Supériorité. C'est dans une Personne, c'est, disons-le, dans V Homme qu'il en fixe le siège. En ceci je n'entends pas le blâmer.
Le plus important et le plus ancien des radicaux sémitiques de la divinité, commun à tout le sémitisme, est le trilitère a/A, qui exprime l'idée de Force (1). A lui se rattachent les noms hébreux ou chai-
(1) Pour orthographier méthodiquement en français des radicaux toujours