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LES RADICAUX SÉMITIQUES DE LA DIVINITÉ

Beni-Israël (1). On ne le refuse pas B.\iJi Juges de la nation, ni, dans un mouvement d'inspiration, aux hommes en corps (2). Et pourquoi ne serait-ce pas un sentiment d'emphase anthropomorphique du môme genre, qui aurait fait employer quelquefois le mot âel comme pronom, dans le sens de ceux-ci^ ces hommes (3)? Ce qui est certain, c'est que del et œlohim ne s'emploient pas seulement dans le sens absolu ou universel, mais aussi dans le sens pour ainsi dire partitif, applicable aux Dieux, aux Héros, aux Hommes ; et ils 8*emploient aussi attributivement pour exprimer la grandeur ou l'excellence, par exemple des montagnes, des arbres, de l'eau (4), ou la divinité d'un grand homme, tel que Moïse ou David, ou d'un simple prophète (5), aussi bien que celle d'un de ces messagers mystérieux de la puissance divine (6) dont la notion devait se fixer et s'amplifier par les emprunts faits à l'angélologie mazdéenne. Je me trompe fort si cette étude philologique, toute sommaire qu'elle est, ne jette pas déjà quelque lumière sur les fondements d'une idée religieuse sémitique où purent également s'appuyer la construction monothéiste et le polythéisme. Continuons l'examen des radicaux.

Le radical blh, qui ne diffère de alh que par une lettre (rappelons-nous que Va n'est ici qu'une aspirée), occupe dans le système syrien et babylonien la même place que ce dernier dans le système hébreu. Les mots bâlâh, baléh expriment des idées de vieillesse et d'ancienneté extrême, où Ton doit certainement reconnattre une des formes naturelles et primitives de la notion de divinité. Le Kronos pélasgique eut, comme on sait, le même sens, et on n'ignore pas non plus l'identification que tous les mythologues de l'antiquité firent de Bel et de Baal avec Kronos, à l'époque où les différents systèmes polythéistes commencèrent de se fusionner. Il n'est pas impossible, d'ailleurs, qu'il y ait eu un contact anté-historique entre y Ancien des Sémites, répandus dans la Méditerranée, et V Ancien des ancêtres des Grecs, dont la légende se rapporte principalement à nie de Crète.

Quoi qu'il en soit, c'est un radical simplifié, et de deux lettres seulement, bl (comme tout à l'heure al dans la forme hél>ra!que), qui assume surtout la signification du divin, et cela sous l'acception de Seigneurie, collatérale de celle de Force. Bel est ce Dieu de Baby-

(1) Exode, xn, 12, et xxxiv, 13.

(2) Exode, XXI, 6, et xxii, 8, et Ps. lxxxii : a iElohim se tient dans l'assemblée de i£l; il juge au milieu des iElohim (des juges)... Moi, j'ai dit : « Vous êtes « des iEioliim, vous êtes tous des Bêni-HOélion. »

(3) Gen., xix, 8; Chron., xx, 8.

(4) Ps.f xzxvi, 7; lxxx, il; lxv, 10.

(5) DeuL, xxiu, 1; Néhém,, xii, 24; Sam., I, ii, 27.

(6) Juges, xui, 6.

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lone dont le nom entre en composition dans ceux de tant de rois, et forme d*autres noms de Dieux en se joignant à divers attributs. La forme phénicienne Bahgal représente le même Dieu avec la même généralité, et le mot bahgal signifie en hébreu courant un maître, un violent y dominer , posséder, épouser. Enfin, si nous prenons les mots que leurs lettres radicales mettent en rapport avec les précédents, nous trouvons l'idée de terreur et d'épouvante, baldkâh, l'idée de dévastation, bâlach^ de confusion, bàlal^ d'absorption et d'engloutissement, bâlahg, etc., et la négation rendue, comme plus haut, par les lettres du nom de Dieu et de la Puissance, Bal.

Ce n'est pas à nous, et les plus habiles mêmes ne trouvent pas aisé de classer ces familles de mots, de discerner les radicaux primitifs et communs, ou ceux qui diffèrent entre eux, et dont les différences peuvent n'être que de dialecte. Mais il ne ressort pas moins clairement de ces données principales qu'un seul et même sentiment, celui de la Force, ici plus terrible ou cruelle, et là plus sublime, a été le mobile des religions qui adoptèrent de tels noms pour la divinité. Et ceux-là ne sont pas les seuls qui rendent cette pensée fondamentale de la domination; d'autres l'expriment également et sont communs à plusieurs cultes sémitiques. Ainsi, le radical m/A-, d'où Thébreu melk ou mélek, roi, a fourni les noms de divinité Milich, Malika, Moloch, qui d'eux-mêmes ne pouvaient inspirer aucune répugnance aux Beni-Israêl, avant que des cultes affreux en eussent Cixé le sens définitivement barbare. Le Tout-Puissant de la Bible, Schadda! (du radical schdd^ détruire), aurait pu avoir une destinée analogue, s'il avait été conçu quelque part sous l'attribut du Feu dévorant, comme Moloch. Mais d'autres noms, Adon, Adoni, Adonaî, Maître, mon Maître (du radical adn, fondement^)^ ont pris beaucoup d'importance chez les Sémites polythéistes, et cependant sont restés en possession, chez les Hébreux, de désigner Élohim ou Jéhovah comme le Seigneur par excellence.

J'insiste sur les radicaux de la divinité qui expriment la Puissance, parce qu'ils sont les plus anciens, et communs au plus haut degré à la famille sémitique, laquelle s'est divisée seulement sur la manière de les interpréter et de les appliquer. Ce n'est pas que des radicaux d'une autre signification ne partagent cette communauté; mais pour ceux-ci, les applications ont encore plus divergé s'il est possible. Je citerai d'abord le radical hglh [hgàlàh, monter, s^élever, et hgolâh, holocauste) ei\eh\Y\\kte hgl {hgâl, haut^ sur^ à, élévation). Hgdl exprime \ En-haut appliqué au ciel (1), et quelquefois au Dieu-Haut que les prophètes opposent aux idoles terrestres (2); mais la forme

(1) 6rcn., XLix, 25; P«., l, 4.

(2) Osée, vu, 16; xi, 7.

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