‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 269 sur 291 · RÉCAPITULATION. LES RAGES ÉTHIQUES · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION. LES RAGES ÉTHIQUES

raison pure ont manqué presque totalement. Son inconsistance ou sa faiblesse sont des caractères des familles les plus déchues, tes plus étrangères de toutes a la raison.

De ce point de vue, il est facile de définir ces races qu'on a eu le tort d'appeler sau^pgesy car Thomme sauvage n'existe pas, et les liens de tribu les plus étroits et les plus forts, la plus entière sujétion, tantôt à la coutume et tantôt aux caprices d*autrui, la vie à tous égards la plus dépendante sont le lot des hommes les plus dégradés. Ce qui caractérise ces hommes et leurs familles, et qui explique en même temps l'origine morale de leur état, c'est le quadruple vice contracté et invétéré de paresse, d'irréflexion^ d'intempérance et d'injustice; c'est l'esprit de ruse et de violence, le défaut de solidité et de suite, l'absence du vrai courage, c'est-à-dire de celui qui agit, résiste et soutient avec constance, sans excitations malsaines, et s'emploie d'abord et essentiellement à la possession de soi-même; c'est par conséquent l'inaptitude irrémédiable à tout ce qui permet le progrès de la personne et l'amélioration de la société.

Ces races ethniquement si différentes, moralement si semblables, peuvent être en partie originaires des lieux où elles se sont rencontrées pour nous à Tépoque de nos voyages de découvertes. Elles peuvent aussi, toutes ou la plupart, avoir gagné ces lieux du globe écartés, insulaires, ou difficiles à atteindre, ou de climats excessifs, lorsque des races relativement nobles, c'est-à-dire moins déchues, les ont exterminées de leurs premières possessions sur l'ancien continent. Chacune de ces dernières paraît en effet s'être trouvée quelque temps en lutte avec des tribus barbares^ plus anciennes qu'elle sur le sol de son établissement. Ce phénomène s'explique sans peine en observant que le plus grand nombre des familles primitives ont dû trouver dans leur déchéance une cause de faiblesse matérielle, en même temps que d'infirmité d'esprit et de cœur^ et par là n'être point en état de résister au mouvement d'expansion du plus petit nombre^ qui joignait la vertu prolifique à ses autres vertus. Ainsi les races dégradées n'auraient point formé, comme on le croit trop généralement, une sorte de première et fatale couche d'humanité, recouverte par le dépôt d'une couche nouvelle et moins bestiale; mais nous avons le droit de voir en elles les membres malheureux, perdus et rejetés d'une seule et même humanité morale, dont toutes les branches, physiquement ou même intellectuellement distinctes, avaient originairement participé à l'attribut essentiel de l'homme.

L'examen le plus sommaire des faits, l'appréciation philosophique

de mœurs et de religions sur lesquelles il ne peut y avoir dissidence

de témoignages, obligent en effet de nier, non seulement Tinnocence,

mais encore, l'état humain normal de tant de tribus remarquables par

la subversion des sentiments naturels. Si on refusait d'admeltre un argument fondé sur l'existence de ces sentiments, faute de croire leur définition possible en dehors des milieux sociaux dans lesquels ils se produisent, au moins faudrait-il avouer que ceux-là ne tiennent point à un état natif qui cesseraient de se manifester ehez un enfant né dans un milieu et élevé dans un autre. Or le bas fétichisme et les hideuses pratiques de la sorcellerie des sauvages, les sacriûces humains et l'anthropophagie, les passions de la guerre en quelque sorte radicale que ces institutions supposent, pourraient bien se trouver en germe, à l'état de semence plus ou moins visible, chez l'enfant transplanté et devenant homme parmi nous : nous-mêmes nous avoiis de ces germes, et Thistoire de nos crimes en fait voir des développements partiels, et tout ce dont Thomme s*est montré capable doit avoir une existence potentielle dans son cœur ; mais cet enfant échapperait à la plus grande partie des contagions de sa race, qui en doute? ou n'en garderait que de mystérieux éléments, tels qu'il peut s'en infuser par une longue transmission du sang. Mais alors l'actif et complet déploiement de la subversion morale n'est un fait, ni de la simple nature et de Thomme comme il naît, ni de la société envisagée dans ses lois nécessaires. C'est un fait social produit de la volonté, transmis, enraciné par la coutume, devenu moral et religieux à sa manière, en ce que les hommes corrompus ensemble se sont fortement tendus pour se faire un idéal dans le mal, pour tirer de leur perversité même quelques notions d'ordre, de vérité et de mérite à leur portée. Cet état d'extrême tension de Tâme explique ce que la religion de la guerre semble avoir de grand et d'héroïque chez certains, surtout vus à distance.

La critique est parvenue à distinguer les principaux traits éthiques de plusieurs des races nobles, pour des époques où il est permis de i^

les regarder comme à Tétat primitif : j'entends primitif après l'invasion du mal, lors de la première réaction sociale et de la station plus ou moins longue qui s'ensuivit. La simplicité des mœurs, celle des notions et des procédés de l'entendement, l'intégrité originale des manières de sentir, de penser et de parler, sans trace aucune de comparaison et d'éclectisme, sont des caractères auxquels on ne se trompe pas. Sans doute il faut que le philosophe réfléchisse, si j'ose le dire, avec passion et jusqu'à produire en lui un commencement d'assimilation avec la conscience antique, lorsqu'il veut approfondir les créations intellectuelles de la jeunesse de l'homme. Le sentiment de la vérité est à ce prix dans plus d'un problème de religion. Mais un si grand etTorl n'est pas nécessaire pour reconnaître que les familles des Aryens et des Sémites, en leurs grandes subdivisions, et des Chi-

RÉCAPITULATION, LBS BACBS NOBLES 5^9

nois^etdes Édfyptiens ont radicalement différé entre elles par la direction de Inintelligence et les habitudes de Tesprit; que leur vie morale, au contraire, a été presque toute semblable à des époques correspondantes de leurs développements, et qu'aucune d'elles n*avait procédé de l'état sauvage, de celui du moins que nous connaissons sous ce nom et dont la dégradation paraît constituer une maladie spontanément incurable. On serait d'accord sur ces points, si on voulait ne juger que d'après les faits, et si les systèmes matérialistes et la réaction contre le système de l'homme primitif unique, auteur et racine de tout péché, ne favorisaient pas l'opinion qui fait sortir le civilisé du sauvage et le sauvage de la bête.

Il est remarquable, et c'est une confirmation de mon point de vue, que tous les renseignements historiques fixent la déchéance la plus prononcée des races nobles à des temps moins éloignés de nous que ceux que nous appelons primitifs mais sur lesquels nous ne sommes pas absolument sans données. L'empire chinois, les royaumes de rinde et de l'Egypte, la période qui précède immédiatement l'histoire en Grèce et en Italie, la partie la moins corrompue du monde sémitique, enfin, offrent des traits de barbarie qui s'effacèrent dans la suite du développement des peuples, mais que nous ne saurions faire remonter jusqu'à leui*s berceaux, à moins de fausser l'esprit des plus anciens documents et de préférer à des inductions naturelles des hypothèses gratuites. Les hommes de ces races ne déchurent le plus gravement de leur conscience qu'en même temps qu'ils formèrent des sociétés plus étendues et plus compactes. Le mal à ce moment porta son correctif avec lui; la réaction du bien put prendre un instrument puissant à son service. Il y eut des peuples qui firent de cet instrument l'admirable usage que l'on sait; d'autres pallièrent au moins par les bienfaits de l'organisation sociale les funestes effets d'une démoralisation profonde. Enfin, certaines grandes familles poursuivirent très longtemps une existence étrangère à la civilisation, quelquefois même inclinèrent sensiblement à la vie dite satit^a^^; mais la plupart de celles-ci (Celles, Germains et autres) avaient conservé de sérieuses vertus des temps patriarcaux, lorsque leur vint le secours moral, il est vrai chèrement payé, des nations qui avaient créé le droit et la cité.

L'esclavage et les castes sont des faits propres à résumer les produits de l'iniquité dans les relations humaines. Or, si ces institutions ne se sont pas toujours trouvées bien visibles chez les races dégradées, c'est seulement en tant qu^elles supposent un état régulier et organisé. Mais le partage le plus monstrueux des droits, ou plutôt le culte de la force pure à peine réglée par la coutume, l'avilissement de la femme, et le mépris, le sacrifice du faible en toute occasion, voilà ce

>^lf:

Page 1