‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 270 sur 291 · RÉCAPITULATION. LES RAGES NOBLES · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION. LES RAGES NOBLES

qui tient lieu au sauvage d'institutions et de lois : c'est par ses vices et non par ses mérites qu'il échappe à celte forte réglementation de l'injustice dont les grandes sociétés ont eu le secret. Au contraire, si nous regardons aux races nobles, que voyons-nous? Les Chinois n'ont pas connu les castes, à peine l'esclavage, en tout temps, et non point avant la dynastie des Tchéou. Chez les Égyptiens, l'agriculture et if V l'industrie furent exercées dans la haute antiquité par des hommes

rf ^ libres (j'entends socialement libres, non politiquement), et de même

y^"- dans la suite de leur histoire. Les castes de cette nation répondaient à

une organisation du travail, et n'établissaient point de distinction de sang ni de religion. Dans l'Inde, où elles prirent un tout autre caractère, elles n'appartenaient point aux origines aryennes; et l'escla* vage même, si fortement en saillie dans les Lois de Manou, on n'en observe que des traces dans les hymnes du Rigvéda^ tandis que l'idéal patriarcal est celui qui ressort des plus anciennes de ces poésies. La branche aryo-persane par laquelle il nous est permis aussi remonter le cours des âges, grâce aux Écritures mazdéennes, n'a eu rien de semblable à des castes, anciennement; mais les quatre classes que mentionne VAvesta y sont réputées également saintes et aimées d'Ormuzd (1). Enûntout le monde sait que les hommes libres des races antiques les plus connues, les Grecs et les Romains, étaient loin de mépriser le travail, et combien l'esclavage domestique différait, dans les premiers temps de l'histoire, de cette vaste institution de servitude que développèrent les grandes guerres, les conquêtes, la piraterie, le commerce, peut-être aussi la contagion des empires asiatiques, et dans laquelle vint à la fin s'abimer la société.

En général, on peut attribuer pour caractères sociaux primitifs aux races nobles de l'antiquité, les traits sous lesquels on a coutume de se peindre l'état patriarcal. Ce sont : 1" l'autorité spontanément reconnue, avec le mode d'exercice que peut en comporter une famille nombreuse, unie, morigénée; 2» la monogamie, en principe, et par conséquent le respect de la conjugalité et de la maternité; 3° la domesticité en quelque sorte naturelle, comme relation unique entre le père de famille, propriétaire, et tous ceux qui, dépourvus eux mêmes de biens ou d'instruments de travail, donnent leurs services et ceux de leurs enfants en échange de la protection et des moyens de vivie. Il ne faut que peu de réflexion pour reconnaître combien cet état social élémentaire diffère de celui des races dégradées, quoiqu'il n'en faille aussi que très peu pour comprendre combien le passage est facile du régime patriarcal à la barbarie, lorsque la domesticité de-

(1) Yaçnaj XIX, 44-49. — Ces quatre classes : prêtres, guerriers, cultivateurs, artisans, reçoivent un seul et même précepte de « pureté dans les pensées, les paroles et les actions. »

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