RÉCAPITULATION. GARASTÉRISTIQUE RELIGIEUSE DES RAGES
quelques lieux à composer de grossières cosmogonies, si tant est qu'on fasse fonds sur les traditions orales que la faible critique des voyageurs aaccepiées (1). Mais tout cela est visiblement flottant, conduit par la fantaisie et le caprice. Loin que Tesprit se soutienne dans les notions de cause ou de substance généralisées, il descend à peu près partout jusqu'au fétichisme, et souvent y demeure tout à fait ploi^é. J*ai restreint ce nom de fétichisme, en le définissant, au plus infime et au plus inconsistant des modes d'adoration, celui qui s^attache aux objets les moins propres à porter un idéal, suppose des intentions et des volontés sous des agrégats physiques, même arbitrairement constitués, puis les consulte en se livrant aveuglément à la crainte ou à l'espérance, leur fait des offrandes et des sacrifices, et les prend pour matière de ces superstitions et de ces pratiques d'enchantements et de sorcellerie qui marquent le dernier degré de la décadence morale et de l'abdication de la raison.
La notion des âmes se présente avec le même abaissement et la même inconsistance. Â peu près nulle souvent, ou insensible, réduite à la superstition des esprits errants et malfaisants, si elle tend à s'affirmer plus nettement par la croyance à des métempsychoses, c'est sans loi et surtout sans justice; si elle conclut à une vie future, c'est pour en faire un privilège, une suite des supériorités déjà dues dans celle-ci au hasard ou à la force. Les sacriQces sont la partie de ces religions où se peint le mieux l'atrocité des coutumes; la divination et tous les cas dépendants du vertige intellectuel, celle qui rend le plus sensibles la faiblesse et le dérèglement de l'entendement, par la niaiserie, la grossièreté ou l'arbitraire des pratiques. Enfin les interdictions religieuses (le tabou) mettent en évidence un genre d'injustice et de barbarie visiblement acquis, en ce que des défenses et des préceptes qui ne peuvent d'abord avoir eu d'autre but que de régler la vie et les mœurs, non seulement se subordonnent au caprice et varient avec les passions, mais encore deviennent de simples moyens de privilège pour l'homme et pour le chef, d'oppression pour le peuple et pour la femme. Entre tous ces produits corrompus de l'idée religieuse, le plus sérieux est le sacrifice : c'est le seul qui se développe quelquefois vigoureusement, et alors pour ne s'arrêter qu'à l'extrémité de la perversion morale et de l'horreur. Le sacrifice, à son premier degré, est le tribut d'une reconnaissance
(1) J*ai vu avec étoonement uu aothropologiste faire asage derDièremeut, pour détermiaer le caractère intellectuel et moral des insulaires de Taïti, d'un fragment de cosmogonie que Mœrenhout a recueUli et traduit de la bouche d'un vieillard laïlien. Quelle garantie peut offrir une pièce semblable dont la date authentique est telleraeat postérieure à rintroduction des influences européennes dans cette lie?
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banale payé au dieu ou fétiche, dintributeurs des biens et des maux ; puis on s'y propose de donner satisfaction à la colère ou à la jalousie supposée de cet èlre, en s'imposant une privation ou un mal réel qui préviendront de plus grands malheurs. Alors on commence à verser le sang. Ou choisit» pour expier, des victimes, et des victimes humaines, quelquefois précieuses ; mais le plus souvent les faibles et les malheureux sont dévoués au salut des puissants et du peuple. Les vaincus et les prisonniers sont des victimes naturelles. Ceux qui les sacrifient les partagent avec le fétiche, et cherchent dans l'anthropophagie un moyen d*exalter leur force physique en s'assimilant la substance de l'ennemi.
Tous ces traits de religion caractérisent bien celles des familles humaines qui possèdent le moindre pouvoir de réflexion et de raison, les notions les plus affaiblies de Tordre et des lois, et sont les plus esclaves des passions, les plus abandonnées au mal, les plus destituées de vertus. Gomme un tel état se compose, non de simples défauts^ mais de vices^ acquis de leur nature, enracinés par Thabitude, inexplicables en tant que données premières et normales de l'intellect et de la moralité dans l'homme et premiers termes de son développement vers le bien, j'ai dû y voir le produit d'une d^radation analogue à celle dont l'individu considéré séparément est aussi le théâtre. Au contraire, quand nous passons du spectacle de ces races avilies et misérables à celui que nous offrent les races principales qu'on peut appeler nobles, nous sommes immédiatement frappés de la constance et de la sagesse relatives de leurs vues sur la nature et sur la vie. Nous leur reconnaissons des directions propres, en général bien soutenues, une application sérieuse, et disons même pieuse à leurs œuvres, et, en uîi mot, ce qui manque radicalement aux autres, des principes.
Pour les Chinois, le pivot des conceptions a toujours résidé dans cette espèce de représentations idéales, comprenant la divinité et les âmes, expliquant le mouvement et la vie des corps, les lois du changement et l'existence personnelle, et qu'on a coutume de nommer des Esprits. Â cela s*est joint, comme un pôle de la moralité, la notion de Tordre dans le monde, opposée à la désharmonie qui nait des déviations individuelles, et spécialement humaines, à Tégard de la loi générale du bien. L'unité supérieure de cet ordre s'est formulée, sans se trop déterminer, sous le nom de Ciel et de Seigneur. Aucun dualisme formel ne s'est déclaré, entre un bon et un mauvais principe. La bienveillance, Taccord, le concert entre les existences diverses ont été posés simplement en face de la volonté, appelée chez l'homme à les reconnaître, et libre de s*y soustraire. Étendue à
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toutes les parties du monde, la volonté, la personnalité par conséquent, a constitué pour doctrine un vaste anthropomorphisme moral. Ames humaines survivantes, ancêtres honorés, sacrifices à tous les ordres d'Esprits (sacrifices de reconnaissance et de partage avec eux, sans aucune idée d'expiation au moins développée], affectation de symboles ingénieux et variés, dans le culte, aux devoirs de l'homme et aux lois ou faits primordiaux de la nature, ce sont autant démodes d'expression du transport ainsi fait des conditions de l'intelligence à Tunivers. La part négative de cette doctrine est immense. Les croyances immortalistes restent obscures, ou plutôt le deviennent. La mythologie ne se produit pas, ou se produit péniblement, et ne prend que peu d'empire. Â sa place, domine, dans la direction générale de la pensée, une symbolique originale et des plus étendues, portant sur les notions morales, essentiellement, et base de l'écriture et de toute élaboration intellectuelle. Enfin la divination tient une place considérable dans ce système religieux. Elle ne s'y montre pas avec d'autres éléments psychologiques, ni un moindre cortège d'illusions, qu'elle ne fait chez des races beaucoup moins sages ; mais le travail auquel elle donne lieu, les efforts de classement et de systématisation savante de ses procédés, rendent au moins témoignage de la solidité relative de l'esprit qui s*y applique et de l'importance que l'idée de loi et de règlement conserve pour lui, jusque dans le domaine de la fantaisie et du hasard.
Telle est l'antiquité chinoise. La prédominance de l'idée morale, employée pour ainsi dire à informer toutes les autres, explique assez comment l'imagination et la foi religieuses s'y montrent vagues, ou même nulles sur des points essentiels ailleurs. La réflexion ne pouvait qu'ajouter à cette propriété native. C'est la raison pour laquelle les Chinois, représentés par la classe leltréSy tout eu conservant fidèlement leur religion traditionnelle, passèrent à bon droit, bien souvent, pour ne reconnaître ni dieux ni flmes, et aussi, mais à tort, pour n'en avoir jamais reconnu. Une sorte d'athéisme a été pour cette classe la conséquence naturelle de la faiblesse de la spéculation transcendante, jointe à l'énergie de l'idée foncièrement humaine du devoir. Les superstitions plutôt qu'une grande religion bien fixée, régnèrent sur le peuple avant et après l'introduction du bouddhisme dans le pays.
L'antiquité égyptienne nous apporte au contraire une religion aussi objective que possible : des dieux matériels et générateurs, alors même que la pensée s'épuise et se confond à vouloir comprendre en eux la génération par soi; des dieux qui se métamorphosent et s'incarnent; des Dieux hommes et rois, des dieux animaux, des dieux juges et sauveurs; des dynasties divines dont les