‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 70 sur 291 · LE PESSIMISME DE SCDOPENHAUER · texte numérisé non relu

LE PESSIMISME DE SCDOPENHAUER

Taulorilé de trois grandes religions qu'il oppose « au judaïsme optimiste el à sa variété, Tislamisme ». « GarTessence, dit-il, le véritable esprit du cbristiinisme, comme du brahmanisme et du bouddhisme, consiste à reconnaître le néant des biens terrestres, à les mépriser et à tourner ses regards vers une autre existence qui est tout l'opposé de celle d'ici-bas. » Puis s'apercevant qu'il n'a laissé dans ses explications ni rôle ni valeur quelconque à l'histoire, ce qui dépasse sa pensée, il lui reconnaît le mérite de donner à un peuple la pleine conscience de soi. « Elle peut être considérée comme la conscience, accompagnée de raison, de Thumanité; elle lui rend les services que rend à Tindividu sa conscience raisonnée, réfléchie et bien enchaînée : c'est parce que celle-ci lui manque que l'animal reste enfermé dans le cercle étroit du présent intuitif. «L'écriture et les monuments sont les grands organes de cette conscience réfléchie commune, « qui seule fait effectivement de l'espèce un tout portant le nom d'humanité »; ils sont pour elle ce que la parole est pour l'individu, c'està-dire l'indispensable condition de l'usage de sa raison. Cette propriété de l'histoire, au.ssi vraie que fortement exprimée, ne laisse pas que d'être en contradiction avec l'idée que la vie présente est méprisable, que l'individu seul a de la réalité, qu'une autre vie, négation de celle qu'il possède, est seule une digne fin de toutes ses pensées. Et si les peuples ne sont que des abstractions, que peut bien être une conscience réfléchie de soi que prennent ces abstractions (1)?

Mais examinons de près les paradoxes pessimistes dont Schopenhauer flagelle les banalités et les platitudes de l'optimisme. Le premier de tous renferme une grande part de vérité, si on se contente de l'opposer à la prétendue science de l'histoire d'un Hegel ou d'un Auguste Comte. Il est très vrai que la connaissance du passé ne permet à aucun moment de prévoir l'avenir avec certitude, de la manière dont se peut calculer un terme d'une série dont on connaît la loi et les premiers termes. Il n'existe point de telle loi; les prévisions hasardées par ceux qui ont tenté d'en construire une ont été misérablement démenties par l'événement.

Ainsi, par exemple, il n'était rien de mieux indiqué pour l'observateur philosophe du xvin° siècle, aux approches de la Révolution, que d'augurer pour le siècle suivant en Europe un affaiblissement croissant de l'esprit et des institutions militaires, et des passions de l'étroit patriotisme, au profit de l'idée rationnelle de l'État et des sentiments humanitaires. Après les guerres de la Révolution et du Premier Empire napoléonien (démenti» bientôt oublié de ces espérances), le même

(1) Scbopenhauer, Le monie comme volonté et comme représentation^ Compté' ments, ch. xxxviii (trad. Cantacuzène).

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