LE PESSIMISME DE SCHOPENHAUER
pronostic arait des raisons de se produire et s'est produit en effet, comme la prophétie de tout ce qu'il y avait de sectes socialistes et de philosophes de l'histoire, de 1815 à 1848 et au delà. Cependant nous assistons aujourd'hui au plus grand déploiement de l'institution mi« litaire dont l'histoire offre l'exemple depuis les cités de l'antiquité classique, et cela sur un théâtre beaucoup plus vaste que jamais, avec un effort extraordinaire du génie scientifique appliqué à la destruction ; et les progrès inattendus, depuis 1848, de ce qu'on appelle \e principe de nationalité oni lieu, non seulement en opposition directe du cosmopolitisme philosophique et de la paix des nations, mais même au détriment de la notion générale de TÉtat qui devrait dominer les diversités de race et de langue.
Cet exemple est topique pour nos contemporains. Il serait aisé de trouver des arguments d'une portée historique plus large en demandant à tout esprit non prévenu s'il était possible de prévoir, à l'aide d'inductions fondées sur le passé, des événements de l'ordre le plus vaste, tels que — un siècle avant les guerres médiques — le développement des États libres de Grèce et d'Italie et le mouvement original de création des arts et des sciences ; ou encore — au cours du siècle des Antonins — le futur triomphe d'une théocratie sur les institutions de l'antiquité gréco romaine, la décomposition politique du monde occidental et la fondation d'un pouvoir spirituel.
Mais il était possible de conjecturer avec une certaine probabilité — au moment des guerres des successeurs d'Alexandre — le déclin et la chute des institutions libres et la réaction des idées orientales contre la civilisation grecque; ou déjuger — pendant les guerres civiles de Rome — que le passage du régime démocratique à celui des tyrannies était imminent. En effet, de telles prévisions pouvaient se fonder sur des lois empiriques de l'histoire : la première^ sur les conséquences naturelles des grandes guerres, des conquêtes et de la fusion des peuples; la seconde, sur des observations déjà faites par les philosophes, et souvent vérifiées, relatives aux luttes des principes d'autorité et de liberté, à celles des riches et des pauvres dans une république, et aux causes ordinaires du passage de l'aristocratie à la démocratie, et de la démocratie au gouvernement d'un seul.
Nous sommes conduits par ces exemples à la distinction des lois empiriques de l'histoire, établies par l'observation, contingentes dans l'application, et des lois aprioriques, qui ne pourraient dépendre au fond que d'une seule, donnant le déroulement de la destinée humaine en tous les ordres, nécessairement liés, de la pensée et de l'action de tous les peuples qui viennent successivement au contact les uns des autres. Les premières de ces lois supposent le libre arbitre humain et Timprédétermination des grands événements, ne fût-ce qu'au poin*