‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 72 sur 291 · LE PESSIMISME DE SCHOPENIIAUER · texte numérisé non relu

LE PESSIMISME DE SCHOPENIIAUER

de vue de notre ignorance, alors même qu'ils seraient enchainés et déterminés d'une manière à nous inconnue. Au contraire, les lois aprioriques impliquent et le déterminisme absolu et le pouvoir de Tesprit humain d'en définir et d'en embrasser la série de développement tout entière.

Pour revenir maintenant au jugement de Scbopenbauer sur l'histoire, il suffira de remarquer que ce philosophe, rigoureusement déterministe, on le sait, en ce qui concerne Tordre des choses phénoménales, avait tout ce qui est requis pour admettre une loi, une loi unique et certaine de l'histoire, et ne pouvait logiquement que s'en déclarer ignorant, non point en nier l'existence. Or il ne Ta pas seulement niée, il a étendu sa négation paradoxale jusqu'à méconnaître l'intérêt moral des observations générales qu'il est donné à l'historien de formuler sur les relations des événements, sur les actes publics des particuliers et des peuples, et sur les suites de ces actes. En cela, il semblerait que Scbopenbauer a porté jusqu'à l'exagération la plus énorme les conséquences de la thèse du libre arbitre et de la contingence des futurs. Mais, au contraire^ il n'y a point de place pour la liberté phénoménale dans sa philosophie.

La formule Eadem sed aliter, recommencement perpétuel en manières diverses, fait ressortir, à la bien examiner, la présence latente de ce libre arbitre qui donne à l'histoire le caractère moral que lui refuse Scbopenbauer. Eadem, en ce sens que l'histoire nous révèle un <r élément identique, immuable à travers tous les changements : ce sont les qualités qui caractérisent la tète et le cœur de l'homme — et beaucoup de mauvaises, peu de bonnes », — dit-il ; on ne saurait le nier; il a le droit de dire, en ce même sens, que, € quand on a lu Hérodote^ on a assez étudié l'histoire pour les besoins de la philosophie » (1); mais aliter, pourquoi aliferl parce que les hommes délibèrent, ou sont entraînés par d'aveugles passions, et, dans leur liberté, font le bien ou le mal, deviennent les causes d'événements dont les conséquences se prolongent au loin; en sorte que l'histoire nous montre lesdéveloppementsvariés de la culture intellectuelle et morale des nations à la suite et par l'efiet des initiatives du génie individuel, des grandes actions et des crimes. Elle met à la portée de l'homme, en tant qu'être social qui traverse les siècles, un enseignement analogue à celui qu'il tire de l'éducation privée, pour diriger sa conduite comme individu dans son milieu immédiat. Tout cela suppose le sentiment du libre arbitre, et celui qui lira, pénétré de ce sentiment, des récits tels que ceux des batailles deSalamineet de Platée, et des préliminaires

(i) Le monde comme volonté et comme représentationy t. II, p. 672(trad. CaDtaeuzène).

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