‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 124 sur 253 · PROCÉDÉ MYTHOLOGIQUE DU RIG-VÉDA · texte numérisé non relu

PROCÉDÉ MYTHOLOGIQUE DU RIG-VÉDA

naître et préconiser les qualités poétiques de ces langues, du sanscrit entre toutes, qui savent si bien, à l'aide de flexions, faire retentir dans l'expression de rapports quelconques la pensée de personnification uQiverselle où elles ont trouvé leur premier mobile. Au contraire, les nations, qui, comme les Chinois et les Égyptiens, symbolisèrent directemeut les objets par des tracés et donnèrent de très bonne heure la prépondérance intellectuelle à l'écriture, n'introduisirent en quelque sorte que le squelette de l'idée mythologique dans leurs langues. Les plus dépouillés de nos langages modernes, l'anglais par exemple, arrivent au même résultat par l'effet du progrès de l'esprit analytique, mais au grand regret des mêmes philologues qui exigent, on ne sait pourquoi, qu'une \mgue soit organique et vivante. Ce sont du moins leurs mots, et j'ignore si eux-mêmes les comprennent bien.

Après cette introduction que nécessitaient les rapports étroits de l'esprit qui crée le langage et de celui qui donne naissance aux mythes, rien ne doit nous manquer pour avoir l'intelligence de ces derniers. Ce n'est pourtant que de nos jours qu'on y parvient. Encore est-ce plutôt par un effort de pénétration et d'assimilation du sentiment de l'antiquité, et grâce aux données plus abondantes et plus claires qui excluent décidément les grossières hypothèses des anciens mythologistes, que par un examen philosophique de la question. Ce n'est pas que les modernes n'aient conservé, même ailleurs que dans les classes populaires, un vice profond de la pensée, provenant des habitudes mythologiques du langage. Mais l'instinct constructeur des mythes proprement dits se trouve complètement oblitéré chez ceux d'entre nous qui se livrent au travail intellectuel. Par la même raison, l'instinct constructeur des langues nous est devenu presque inintelligible; c'est que, au point où nous en sommes, nous ne saurions plus ni faire aussi mal en un sens que ceux qui les ont faites, ni mettre à proût comme eux une vue tellement anthropomorphique sur la nature du monde matériel ; et nous ne savons pas encore faire mieux, enchaînés que nous sommes par l'habitude, et faute de pratiquer assez résolument cette analyse dont nous avons reconnu le prix.

L'essence des procédés mythologiques est devenue palpable depuis que les travaux persévérants des linguistes nous ont ouvert un livre où ils sont appliqués avec la simplicité parfaite et le naturel que la réflexion n'a pas encore altérés. L'époque où fut composée la Rigvéda-Samhila n'est cas précisément fixée; mais ne précédâ-t-elle notre ère de quinze cents ou deux mille ans, il n'est pas moins vrai que nous remontons avec ces hymnes dont les modes de penser nous surprennent, nous confondent, à un moment de primitivité intellectuelle

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