DISTRIBUTION DES RACES HUMAINES AU POINT DE VUE SÉMITIQUE
lédiction primitives dont témoignent, à leurs yeux, la fortune et les mœurs des nations qu'il s'agit de classer.
Mais l'idée mère de îa distribution des peuples ne laisse pas de reposer sur un fondement ethnique en même temps que géographique. Elle s'offre, il est vrai, tout d'abord comme religieuse et nationale en ce qu'elle part de la colère de Jéhovah, et du déluge, et de l'ancêtre légendaire de l'humanité renouvelée, Noah. Mais elle entre immédiatement dans le domaine des faits, quand elle donne à ce Premier Père trois fils, dans lesquels se reconnaissent aussitôt des régions et des races. Sem, le Glorieux, es\ le père d'Arpaxad l'homme descendu de la région du Taurus et l'aïeul de l'Hébreu; il est aussi le père ou l'ancêtre d'Élam, d'Aram, d'Assour et de Joktan (j'omets les noms moins bien déterminés pour nous), c'est-à-dire qu'il s'étend sur la région moyenne allant du Tigre à la Phénicie, et du Taurus à la péninsule arabique; il en revendique la propriété. Or, on ne contestera pas qu'une race ne corresponde ici à une contrée, si l'on réfléchit que le fond de la population de ces pays, à l'exception" d'Élam, était de langue sémitique, et si l'on admet la raison que j'ai donnée pour expliquer l'attribution faite à la lignée de Sem de certains noms de tribus étrangères, soit touraniennes, soit aryennes, moins odieuses à l'Hébreu que ne l'étaient devenus d'anciens Sémites ralliés aux mœurs de Cham.
Il est remarquable que non seulement les races noires, qui étaient situées au-dessous de l'horizon des anciens Sémites, mais encore la race touraniennne, dont l'expansion en Asie a été si grande à diflérentes époques, et qui a porté sa langue et son écriture, dès la haute antiquité, — c'est un fait acquis maintenant à l'histoire, — dans la contrée même dont Abram est originaire selon la Bible, c'est-à-dire en Chaldée, que cette race, disons-nous, n'ait pas obtenu une mention plus distincte dans le document ethnographique de h Genèse. Mais la fusion des éléments de civilisation et de religion des Sémites polythéistes et des Touraniens du bassin de l'Euphrate paraît avoir été accomplie environ 2000 ans avant notre ère (v. le § xxix ci-dessousj.
Japhet, Celui qui se répand, est le symbole de l'expansion caractéristique de la race aryenne. On ne remarque pas sans intérêt que, de même que le nom de Cham est emprunté simplement au nom national de l'Égyptien, celui de Japhet est pris à l'un des peuples de la race qu'il désigne tout entière. Ce n'est probablement pas un fait accidentel, que cette identité de noms entre l'un des trois pères de l'humanité, selon les Sémites, celui qui précisément enveloppe toutes les nations du nord et du nord-ouest à leur point de vue (Grèce, Asie Mineure, région du Caucase et de la mer Noire), et ce Titan, amélre des Hellènes, fils du Ciel et de la Terre, frère de Kronos,
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père de Prométhée. Il faut plutôt croire qu'une heureuse rencontre a favorisé le jeu de mots étymologique que le g^énie hébreu a cherché, en voulant assigner le rapport du caractère et du nom, conformément à sa pente ordinaire {Genèse, ix, 27). L'idée caractéristique de Vexpansion est, au reste, d'autant plus justifiable que, s'appliquant aux Aryens, elle aurait enveloppé la race touranienne à laquelle le document ethnico-géographique n'a pas fait une place distincte (1).
Celte vue est confirmée par le résultat d'études mythologiques, qui placent vers l'orient de l'Asie Mineure, au sud du Caucase, la plus ancienne élaboration des mythes relatifs à Japhet. Or le dixième chapitre de la Genèse symbolise, dans les fils de ce patriarche, des peuples qui appartiennent en partie à cette contrée, quoique l'exacte détermination n'en soit pas toujours facile aujourd'hui. Les Grecs ou Ioniens s'y reconnaissent sous le nom de Javan. On peut, enfin, regarder comme démontré que l'Asie Mineure, à peu près entière, a appartenu dans l'antiquité à des j)euples aryens, et que ceux de cette même race qui sont passés en Europe ont longé de côté ou d'autre les rives de la mer Noire et par conséquent peuvent avoir séjourné ou s'être succédé à des intervalles plus ou moins longs aux frontières septentrionales du monde sémitique. Toutes ces considérations m'engagent à conclure :
1« Que Japhet a personnifié pour les Hébreux, non seulement la région de leur horizon, mais encore plusieurs races dont l'une a fourni le nom du fils envahissant de Noah. Des Aryens et des Touraniens ont dû ainsi être confondus, en une commune opposition au sémitisme civilisé, impérialiste, odieux aux Sémites nomades.
2» Que les traditions orales, sur lesquelles s'est formée la légende ethnographique, peuvent remonter à une époque très ancienne et même antérieure à la descente des Abramides en Egypte, à quelque époque au surplus qu'elles aient été écrites et que le contenu ait pu en être retouché.
3« Que la bénédiction donnée à Japhet, l'approbation singulière accordée à sa force expansive, jusque sous les tentes de Sem {Genèse, IX, 27), et l'admission à la qualité de Sémites de quelques peuples appartenant probablement à d'autres races, expriment la préférence que l'Hébreu témoigna de temps immémorial à celles-ci, comparées, soit à ses frères désavoués, soit à l'Egypte, à laquelle il rattacha ces
(1) Le document compte Madaï et Marjofj parmi les fila de Japhet- or le premier de ces aoma répond à une contrée (la Médie) qui est maintenant reconnue pour avoir été de tangue touranienne dans la haute antiquité et le second désigne les peuples septentrionaux, tant aryens que touraniens probablement que les anciens ont appelés des Scythe, et dont les incursions étaient redou ' tees dans toute 1 Asie méridionale.