‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 185 sur 253 · LÉGENDES DE MMROD ET D'ASSOUR · texte numérisé non relu

LÉGENDES DE MMROD ET D'ASSOUR

dernier se trouvaient n'être pas des Sémites, ils pourraient demeurer des Chamites, et nous éviterions toujours ainsi la supposition arbitraire d'une quatrième race. S'ils sont des Sémites, nous nous expliquons leur classement dans la lignée de Gham par leur situation méridionale, leurs emprunts à l'Egypte et la répudiation dont les frappaient les Sémites à tendance monothéiste.

Les fils de Kousch : Séba, Havila, Sabta, etc. [Gen., x, 7), sont de tous les noms du document ethnojrraphique, ceux dont la détermination a offert les moindres difficultés à la critique. Il est constant qu'ils désignent des peuples établis depuis Méroë, au sud de l'Egypte, jusqu'à l'Arabie méridionale et aux côtes arabes de la mer Rouge et du golfe Persique. Or, tous ces pays sont reconnus être de langue sémitique de toute antiquité, Cette langue d'un caractère si tranché, les dialectes qui la composent ont occupé le nord-esi de l'Afrique aussi bien que le sud ouest de l'Asie, l'Égyple exceptée. Kncore même cette dernière contrée faillit-elle passor définitivement aux mains des Sémites, à l'époque de l'invasion des Sasou, peu différents peut-être des Arabes qui la conquirent sur l'empire d'Orient, 2700 ans plus tard. Le langage étant ici le signe unique mais suffisant de la race, nous avons un motif valable, on le voit, de considérer les Kouschites comme une branche méridionale de la famille sémitique (1).

Le nom de Kousch se retrouve jusque dansdes auteurs du v« siècle de l'ère vulgaire, pour désigner ces Arabes Himyarites, ou de l'Yémen, qui ont possélé, comme les Éthiopiens, une des plus anciennes formes de l'alphabet, et des langues de leur race, et une civilisation dont le souvenir, noyé dans les fables du royaume de Saba, ne laissait pas de se rapporter à une longue et puissante réalité. D'un autre côté, la Bible, en dehors de ses généalogies, entend généralement par Kousch, un pays lointain du sud, habité par des hommes noirs. Mais cette acception devait résulter du fait du mélange de la race nègre avec les Chamites et Sémites africains. On n'en peut rien conclure contre le sémitisme antique des Kouschites.

Le document ethnographique semble joindre aux tribus qu'il classe sous l,e titre de filr, de Kousch, un personnage de nature différente, tout individuelle et légendaire, fait pour donner beaucoup d'exercice à la critique. Je veux parler du fameux Nimrod. Mais le passage qui renferme cette curieuse légende est visiblement interpolé ((?<?w., x,

(1) Je trouve un argumeut secondaire miiis non paâ indifférent, en faveur de l'identité de race des Sémites et des Kousctiites, dans la contradiction des passages x, 1, et xxv, 3, de la Genèse. Deux tribus, Chéba ot Dédan, y sont rapportées, là à Kousch, ici à Abraham par Joksian. Il était donc permis de confondre. Voir Munk, Palestine, p. 432.

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8-12). Il rompt à la fois la suite, trouble le sens, déroge au genre uniforme des énumérations de familles. On y trouve un vieux dire où ligure le nom de Jéhovah. C'est un double contraste avec l'ensemble du morceau, qui non seulement est d'un autre ton, mais se rapproche beaucoup des documents élohistes, si reconnaissables à leur caractère patriarcal, historique, généalogique, alors même qu'aucun nom de Dieu ne s'y rencontre. En remarquant ici la jonction manifeste de deux genres de traditions, je n'attaque point leur antiquité, qui va ressortir, au contraire, de leur rapprochement avec les dynasties de Bérose. .Te n'en veux pas davantage conclure que le forl chasseur devant Jéhovah, le maître du pays de Schinar, n'appartient pas à la branche de Kousch, ou même est dépourvu de toute base historique. Mais il me paraît certain que ce personnage ne se rattache pas au cycle des souvenirs les plus reculés des nomades, consignés dans les fragments élohistes, et qu'ainsi on a tort d'y chercher, selon Tusage, la tradition du plus ancien empire sémitique après le déluge.

Si, comme je le crois, l'élaboration du jéhovisme, qu'il faut distinguer de son origine, se rapporte surtout au temps du séjour des Beni- Israêl en Egypte (voir ci-dessous !< xxvi), il est naturel de chercher le Nimrod historique dans le héros de l'invasion des Arabes qui occupèrent la Babylonie pendant 245 ans, depuis l'an 1559 environ (voir les fragments de Bérose). C'était le moment où les Sasou, définitivement expulsés de la terre de Chémi, devaient apporter un renfort à la puissance des Sémites en Asie. Les Hébreux, alors soumis aux Pharaons depuis deux siècles, et qui devaient le demeurer deux siècles encore, s'émurent certainement de ce mouvement d'expansion d'une race voisine de la leur, et de son progrès subit dans la vie sédentaire et dans l'établissement monarchique. Leur imagination frappée intercala ce trait dans le tableau ethnologique delà famille de Kousch en y imprimant la trace de ce sentiment mêlé d'admiration et de haine qu'ils eurent toujours pour les grands établissements humains.

Soit que Nimrod représente ou non le chef de la dynastie ai^abe de Bérose, il est toujours certain que le peuple qui domina alors dans la Babylonie et la Mésopotamie, était sémite et non chamite. Les annales et les monuments de l'Egypte le prouvent, en nous donnant de nombreux renseignements sur les campagnes asiatiques des Pharaons Séti I" (Séthos) et Bamessou II (Sésostris) contre les Chétas (nom égyptien de ces Sémites). La guerre se termine par un traité de paix de Sésostris avec Chétasar, fils de Maoursar, fils de Sépaloulou, et, dans ce traité, les dieux des deux peuples sont invoqués distinctement. Ceci est vers l'an 1400. Près d'un siècle plus tard, la dynastie

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arabe s'écroule (1314). et à sa place s'élève la dynastie dite assy- Tienne de Bérose, celle que les bistoriens grecs ont le plus connue (tout en reportant son origine au temps d'une dynastie différente et plus ancienne qui remontait à l'an 2017). Le grand empire assyrien commence alors pour durer 526 ans. C'est celui dont les anciens mal informés rattachaient la fondation aux personnages fabuleux de Ninus et de Sémiramis; c'est l'empire ninivite, sous l'invocation divine d'Assour, avec une population en majeure partie sémitique comme sa langue, et une religion qui, au-dessous du grand dieu national, admettait les éléments du polythéisme chaldéo-babylonien (V. ci-dessous § xxix).

Il ne me paraît guère douteux que les fondations d'Assour. mentionnées à la suite des établissements de Nimrod dans la légende [Gen., X, 11-12), représentent le second empire, le premier proprement assyrien et dont le centre se porta au nord de Babylone. L'autre, plus ancien, que Bérose nomme chaldéen, oe^ait avoir fait place à de plus récentes impressions dans la mémoire des Béni-Israël. Mais au moment où ils venaient de se soustraire à la tyrannie égyptienne et s'apprêtaient à conquérir la terre de Kanaan, le retentissement de la révolution qui déplaça et fortifia le pouvoir dans l'Asie sémitique an iva nécessairement jusqu'à eux. et nous en retrouvons l'écho dans le passage sur Assour, qui s'ajoute au passage sur Nimrod : « De cette terre (c'est-à-dire de Schinar) sortit Assour, et il bâtit Ninive, et Réhoboth la ville, et Ressen entre Ninive et Kalah : c'est la ville grande (1). j» Un oubli de cinq siècles suivit pour les Hébreux, établis en Palestine, cette première révélation d'une puissance qui devait les mettre si près de leur perte et exercer une influence décisive sur leurs destinées.

En résumé, nous voyons que des données nouvelles, introduites avec un esprit nouveau dans l'analyse historique, jettent quelque lumière sur le théâtre de la civilisation et des religions sémitiques, et sur une vaste partie des études du passé, que l'ignorance, fortifiée par une érudition étroite el fanatique, avait longtemps rendue inextricable. Mais il reste à faire à la critique pour déterminer convenablement les rôles respectifs des races de l'Asie moyenne ainsi que

(1) Uue équivoque du texte hébreu permet deateudre que ce fut Nimrod qui, sorti de ScUiaar, se porta ù .l«our, cesl-à-dire alors en Assyrie, el fouda Nmive. Cette interprétatiou est môme [iréféréc par de savants liébraïsanta. Elle n est pas inacceptable, ai ron admet que le passage est interpolé et que la légeade de Nimrod le « chasseur devant rÉterael . ue remonte pas à la plus haute antiquité chaldéo-babylonienue. Nimrod désignerait, dans cette hypotbèse, le conquérant qui. parti de la Babylonie (Schinar = Sennaar) après l'expulsion des occupants que Bérose désigne sous le nom d'Jr«Aw, aurait fondé 1 empire du Nord.

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