‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 213 sur 253 · LES DIEUX ROIS, ARTISTES ET RÉVÉLATEURS · texte numérisé non relu

LES DIEUX ROIS, ARTISTES ET RÉVÉLATEURS

les sorts tirés, les sorts jetés, les augures, les pressentiments, les conjurations magiques, la protection des amulettes, les remèdes secrets, les recettes de commères, de charlatans et de jongleurs; la plus grande partie de la médecine, je veux dire des hypothèses et des modes médicales, inventées, appliquées par des esprits prévenus ou trop peu rationnels; les fausses sciences, les systèmes construits sur des apparences et des coïncidences, l'astrologie enfin, dont je parle ici, dépendent de cette seule et même illusion, à laquelle s'ajoute parfois la puissance de l'imagination pour produire des effets attendus d'un certain genre. Ce n'est donc pas dans le vertige scientifique et religieux des prêtres de Babylone, quoique des observations vraies en aient fourni le point départ, c'est dans un esprit tout contraire, qu'on doit chercher l'origine de l'astronomie mathématique et physique. Les passions qui conduisirent les Eudoxe, les Hipparqueet les Galilée à leurs découvertes ne sont pas l'espérance et la crainte vulgaires, mais l'amour désintéressé de la vérité et l'admiration des lois du monde.

Une autre face des adorations sémitiques nous fait descendre des influences célestes aux actes humains et sociaux les plus caractérisés, pour les attribuer encore à des divinités, quand ils frappent l'imagination des peuples. Les anciens dominateurs et fondateurs d'empires sont des dieux, et vont jusqu'à s'identifier avec les plus grands. Par une loi inverse, les dieux tendent à prendre des personnages de rois. Bélos, en qui les historiens grecs ont fini par ne plus voir qu'un premier roi d'Assyrie, est une puissance créatrice, dans la cosmogonie recueillie par Bérose. Ninus, dont le rêle devint à peu près le même pour l'histoire longtemps convenue, paraît n'être que le dieu Ninip, éponyme de Ninive, et le roi réel auquel se rapporte ce nom, est probablement le chef de la dynastie dite assyrienne (en 1314 av. l'è. v.), parce que ce chef se serait intitulé fils de Ninip. Assour est encore un nom divin, avant d'être une dénomination ethnologique ou géographique. Enfin la fameuse Sémiramis est un personnage double, une Déesse syrienne dont on cherchait la place et le titre de reine dans les temps primitifs, et une reine véritable, relativement récente, sur laquelle Hérodote et Bérose du moins ne se sont pas trompés. On comprend quelle confusion a dû engendrer pour l'histoire la coutume des rois de porter des noms et des titres de Dieux. Mais cet usage même témoigne d'une confusion analogue des idées populaires, longtemps avant l'époque où l'anthropomorphisme, devenu l'évhémérisme, entreprit de supprimer les dieux en prouvant qu'ils n'avaient été que des hommes.

Est-ce dès la haute antiquité^ ou tardivement, est-ce d'un mouve-

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