‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 226 sur 253 · LES ESPRITS CITEZ LES CHALDÉENS · texte numérisé non relu

LES ESPRITS CITEZ LES CHALDÉENS

de lie notre <m«', fait entrer dans un de ces systèmes d'ëniiination et do triades q.i'on aimait alors à rapportera la haute antiquité, trois {,^rands dieux de la Chaldée, (lu'il appelle -Inos, Hlinos eiAos, il tient encore le fil d'une tradition réelle. Ces noms sont reconnaissables comme des formes grécisées de trois de ceux qu'on lit aujourd'hui dans les inscriptions, et l'idée de la triade est jusqu'à un certain point justifiée par le fait de la division de l'empire divin en trois domaines : le ciel, la terre et cette région souterraine dont la profondeur insondable est un mystère symétrique de celui de la voûte céleste.

La terre, en celte cosmologie plus ancienne que le système des sphères planétaires concentriques, — plus ancienne que les premières observations astronomiques sérieuses, dans le pays môme où l'astronomie eut son origine, — la terre est représentée comme la surface convexe d'une sorte de barque renversée, au-dessus de laquelle est un vaste couvercle, le ciel, qui tourne autour d'une montagne située latéralement. Tout autour est le réservoir des eaux {zuab), et, dans la cavité, l'abime [ge) où toute vie s'emgloutil. L'espace compris entre le ciel et la terre est occupé par les planètes (/î/ôrt/, un nom générique d'animaux) et plus bas par les météores, vents, pluie et tonnerre {îw, (i-un, amaklu). Les trois plus grands dieux correspondent aux trois parties capitales de ce plan du monde : Aiiria, ou zi-anna, au ciel; £a, ou zi-kt-a à la terre [ki étant le nom commun de la terre), et Moul-gek la région inférieure, infernale, à l'hadès chaldéen.

Le rôle le moins important, dans la mythologie rattachée à cette triade, est celui du dieu dont le concept est le plus élevé, et cela s'explique de soi, le plus élevé étant aussi le plus universel et le plus reculé, le moins en rapport avec le milieu terrestre et les accidents de la vie humaine. Au contraire, Ea {VAos de Damascius) occupe un grand terrain mythologique. Son nom a le sens àe demeure, lui-même porte le (itiede Seigneur de la terre hnoul-ki), ainsi que d'esprit de la terre {zi ki-aj et son domaine s'étend sur l'atmosphère et sur toute la région humide. Il s'engendre dans le grand Réservoir, sa mère est Ria (concept de ce qui coule), et il es*t, par sa femme iJavkiiia, qui se traduit iLTor ex terra, père des eaux, par conséquent le conservateur de ce qui a vie. C'est lui, si ce n'est une incorporation de Anou, générateur lui-même de Éi, (|u'on retrouve dans la cosmogonie chaldéobabylonienne sous le nom grécisé d'Oannès, le dieu ichtliyoïnorphe qui, sorti des flots, tut lin-tiiuteur et le législateur des hommes. Il reçoit dans les monuineotsles noms de Poisson sublime Grand Poisson du zuab. Il est le miitre desconnaissmces. le tlépositaire suprême des secrets <ie la magie, et le dernier recours contre les esprits mauvais qui n'ont pu être conjurés par aucun autre moy^n connu. Ce dieu, propre à la Chaldée antique, n'a point d'analogues dans

UNE LKCKNDE CnALDKENME DU DÉLUGE

le sémitisme polythéiste, excepté dans la religion babylonienne, où il se retrouve sous un nom de même signification : nouah, demeure. C'est Nouah qui, selon la légende du déluge conservée par Bérose, dirige le navire du roi Kharisatra (Xisoutros). Le dieu sauveur a transmis son nom à l'homme sauvé, Noë, de la légende hébraïque dont la formation est probablement postérieure.

L'une des découvertes les plus intéressantes (1) de la littérature chaldéenne est un poème mythologique où se trouve épisodiquement un récit du déluge. Izdubar, le héros du poème, — mais la lecture phonographique de son nom est encore incertaine — est probablement, d'après les signes idéographiques qui le désignent, un dieu, dont l'idée première paraît avoir été analogue à celle de VAgni des Aryens; et ce dieu prendrait, dans l'épopée, la forme d'une personnification solaire, si l'on en juge par ses aventures qui se distribuent en douze parties bien tranchées, relatives aux douze signes, aux douze stations de la division du cercle zodiacal, originaire de la Chaldée. Un monstre à combattre, un danger à surmonter correspondent, comme c'est la coutume des mythes analogues (exemple : les douze travaux d'Hercule), aux dillérentes significations prêtées aux constellations que traverse le soleil dans sa course annuelle. L'une de ces aventures est motivée, dans le poème, par la menace de la mort suspendue sur le héros, époux d'une déesse (Istar la Grande Dame de Babylone) et à laquelle il lui sera seulement donné d'échapper, s'il parvient à rencontrer Kharisatra et à obtenir de lui la révélation de son secret : le secret de rimmortalilé que les dieux lui ont accordée. Voyages, songes, visions, on a déjà là les matériaux que l'imagination a de tous temps mis en œuvre dans le genre épique. La rencontre se fait, après une longue navigation, vers les bouches de lEuphrate, dans un marais inabordalile ou Kharisatra fait sa résidence, et c'est ce dernier qui, interrogé par le héros, lui fait entre autres révélations

le récit <lu déluge.

Selon ce récit, le dieu Nouali révèle à Kharisatra homme de la ville de Sourippak, fils d'Oubaratoutou, la résolution que les dieux ont

(1) Due à G. Srnitli. sur les (tocnmenta proveuaut des fouilles <ie H. Layard en Mésopotamie. Ce <- livre - sur briques, dont on a plusieurs exeiaplaires fait parti.' dr. oopi.-s qui furent faites par ordre d'Assourb:unpal (vn» siècle) et sa composition remonte au tenij.s du premier empire chaldéen, vers 1600 ou noO ans avuut notr- ère. Il est do langu- sémitique à formes archaïques. I.'exemidaire employé par les scribes d'Assourbauipal provenait de la « biblio thèque .. d'Ourouk (1 E-ech de la Bible), cette même ville à la.iuelle ce roi avait rendu, après le s.r de Suse, une statue d. la déesse Naua, enlevée de son temple pyramidal, lG3a ans aupiiravaut, par le conquérant elamite Koudour iNakhounla (v. ci-dessus, p. 529).

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