‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 251 sur 253 · RECAPITULATION. DOCTRINE DE L EXPIATION. LE SACRIFICE · texte numérisé non relu

RECAPITULATION. DOCTRINE DE L EXPIATION. LE SACRIFICE

Mais un peuple envisage-t-il le mal dans la volonté humaine surtout, dans les 'manquements à la loi, telle qu'il la comprend, et le bien dans la volonté divine avec la justice? l'expiation et les sacrifices auront à ses yeux un caractère moral ; le dieu, maître terrible de toutes choses, et qui peut les retirer toutes à lui, passera pour n'infliger que des peines méritées et ne commander rien que de droit et d'utile. Les biens et les maux seront regardés comme des modes de rétribution de la fidélité et de l'infidélité. Si de grandes erreurs s'attachent à ce genre d'interprétation du gouvernement divin, si l'interprétation du juste s'y montre fautive, si la substitution et la réversibilité sont iniques, en dehors de la loi naturelle, si enfin l'expiation est une notion fausse quand on croit suppléer à l'amélioration et à la correction morale, par des rites, des cérémonies et des peines acceptées, le peuple qui s'est gardé avec énergie dans cet ordre d'idées pourra trouver dans sa conscience en éveil une sauvegarde contre les conséquences odieuses qui ont suivi, chez d'autres, de semblables croyances. Une doctrine sortira de son sein, qui élevant, épurant par une extrême généralisation et réduisant à l'unité l'idée du sacrifice et de l'expiation pour le peuple, obtiendra dans la conception même d'un dieu sacrifié le moyen d'abolir tous les sacrifices.

Il est arrivé deux fois dans le monde et sur deux grands théâtres, quoique l'un soit éloigné de notre point de vue, que des religions ont réagi profondément contre les dogmes de guerre et de sang, ont fait prévaloir la bonté sur la puissance, et donné du bien et du mal des définitions vraiment propres à la pure conscience. L'une de ces religions a effacé jusqu'à la trace des anciens sacrifices; elle les a remplacés par le dévouement de ces hommes divins qui descendent des espaces célestes, et viennent sauver leurs frères de la terre par l'exemple des sublimes vertus et l'enseignement de la vérité. L'autre, assumant en un seul sauveur tous les péchés du monde, a fait de lui, si l'on s'en tient à d'étranges termes consacrés, la victime unique livrée par Dieu à la colère de Dieu, en la personne de Dieu fait homme. Ce dogme a rendu le sacrifice expiatoire en quelque sorte tout doctrinal et, par une conséquence naturelle, entièrement symbolique, encore bien qu'on l'enseigne au sens propre. Et d'abord l'offrande de la victime, renouvelée dans le culte, ne saurait, pour la dévotion la plus exaltée, se prendre, quoi qu'on dise, au sens littéral ; car elle porte un défi à l'imagination. Mais l'idée même de la victime divine substituée ne peut plus guère passer que pour une forme donnée à la doctrine de l'indignité humaine, de l'amour divin, et du salut par la grâce. Le reste, c'est-à-dire l'expiation par substitution, dépend des inintelligibles subtilités scolastiques sur la dualité des natures et des volontés en une seule personne, et la trinité des personnes en un seul dieu, et ne

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doit pas survivre à un genre d'élucubrations dont l'esprit humain est vi siblement revenu. Il est permis d'affirmer que tout ce que la connaissance de la justice a gagné dans le monde, le dogme antique du sacrifice l'a perdu; car ce dogme avait pour mobile secret, quand ce n'était avoué, la pensée de tirer personnellement profit des souffrances et de la mort d'autrui. Mais la doctrine épurée du sacrifice, la croyance à la vertu du dévouement subsiste, et reste plus que jamais le fondement de la morale religieuse, qui est la morale de l'amour divin.

FIN DE L l.NTRODUCTIOV

TABLE DES MATIERES

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