DU COMME^ÎCEMENT EMPIRIQUE DE LA REUGTON ET DE LA RÉFLEXION
ceptes et devenue bonne ou mauvaise doctrine, a donc en sa dépendance les modes de représentation des volontés et des passions des êtres supérieurs ou puissances invisibles, et détermine en grande partie la spéculation, suivant que la spéculation intervient dans les religions de coutume. La morale « mène n\u^\ à la lliéolo-ie pratiquement*, comme dit Kant, et « la théologie est el demeure problématique» (l).ll faut ajouter que, si, au lieu de penser à la morale rationnellement invariable, nous considérons les notions morales diversement modifiées et changeantes des peuples, les coutumes et les institutions qui sortent de ces notions ou inOuent sur elles à leur tour, toutes sortes d'imaginations sur la nature des dieux nous apparaîtront comme possibles, en place du théisme qui s'induit d'une éthique rationnelle.
S'il n'y a pas de révélation religieuse primitive sur ce que peuvent être Dieu et nos devoirs envers lui, mais seulement une révélation morale inhérente à la conscience, inséparable de nos actes de relation mutuelle avant toute altération née de l'usage de la liberté sous les conditions de l'expérience, il faut que la religion ait eu des commencements presque tout empiriques, dans l'histoire de l'humanité. Il faut, veux-je dire, que l'homme ait tiré ses premières idées religieuses de ses impressions et de ses suppositions sur la vie, les biens et les maux et leurs causes, et n'ait pas trouvé dans ses pensées l'idée de Dieu toute faite, comme il y a trouvé celle du juste au premier moment où il a été en rapport avec un être son semblable. La religion est donc un produit non point primordial et en quelque sorte absolu de la nature humaine (sauf comme disposition et tendance), mais consécutif à la vie humaine. S'il en était autrement, on devrait la trouver invariable en elle-même, et il faudrait ou qu'elle eût été l'objet d'une révélation littérale à laquelle il serait encore possible de se rapporter, ou qu'elle fût susceptible d'une construction rationnelle, ce qui ne s'accorde pas avec la définition que j'en ai donnée d'après la considération des faits.
Une conséquence de ce point de vue, si je ramène à présent ma pensée à l'hypothèse cosmogonique du monde créé primitif, et de la révolution d'ordre moral qui en a remplacé l'organisme par le système matériel des lois actuelles, c'est que l'espèce humaine, en passant d'un monde à l'autre, a traversé les eaux du Lé thé en religion, comme les individus l'ont fait pour leurs consciences personnelles mômes, dont le sentiment d'identité, aboli en ce qui touche le monde primitif, ne date plus que du commencement de leur vie de réflexion, après
{1} On remarquera que, eu taul que la religion admet la nécessité de la foi pour atteindre son objet, elle constate ce que Kant déclare dans un autre style, en appelant la lliéologie problémalique.