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DU COMMENCEMENT EMPIRIQUE DE LA RELIGION ET DE LA RÉFLEXION

soit pour l'animal un fruit d'évolution. En effet, l'évolution exigerait que les mêmes actes qui sont faits dabord en conformité de la nature animale, ou tels que l'hérédité les comporte et les amène, en parfaite innocence par conséquent, fussent ultérieurement et progressivement tenus pour mauvais et condamnables, à mesure que plus de clarté se fait dans l'esprit ou que les émotions prennent une diiection nouvelle. Mais le point de vue de la moralité est tout l'opposé de cela, puisqu'il nous présente le premier acte mauvais qui soit imputable à un agent libre, comme devant s'accomplir à la franche lumière de l'alternative : obéir ou désobéir à l'impératif moral. L'évolution fait continuellement suivre ce qui, selon la morale, doit toujours précéder. Où donc commencera l'impulabilifé, l'action supposée mauvaise étant déterminée par l'hérédité, et en cela justifiée, puis, en tant que condamnable, condamnée seulement par des motifs qui lui sont postérieurs? L'introduction du mal moral dans la nature animale est quelque chose qui ne se conçoit pas.

Celte contradiction devient particulièrement sensible quand le devoir est pris sous son aspect religieux, c'est-à-dire considéré comme d'ordre divin ; car alors il est clair qu'il ne saurait y avoir faute là où il n'y a pas commandement intimé et compris, et que la connaissance du devoir doit ainsi précéder les actes qu'elle est appelée à régler, et ne saurait se former par l'effet de leur succession indépendante de toute obligation consciente. Aussi avons-nous vu ceux des penseurs religieux, qui, éblouis par le prestige scientifique de la substitution de l'évolution à la création pour l'explication du monde, ont essayé d'introduire la liberté et le péché originel dans le cours des phénomènes d'une animalité variant et progressant continuement d'espèces en espèces, tomber dans un cercle vicieux manifeste. Ils ont cru pouvoir ne conserver de l'idée de création que le point initial de l'institution divine du germe du monde. Dieu, suivant eux, a voulu que sa créature se développât d'elle-même par sa liberté et ne dût son bien qu'à ses propres efforts. Le monde de l'évolution serait donc cette œuvre de la créature, et toutefois c'est par l'effet de l'évolution que s'est produite, selon cette manière de voir, la liberté même que Dieu aurait chargée de produire l'évolution ! Et le péché originelj source de tous les maux, est un péché dont on aurait à prendre la source dans un monde déjà mauvais, dans l'acte d'hommes déjà mauvais du fait de leur condition antécédente dont ils ne sont pas les auteurs ! Et la connaissance du bien suivrait constamment la perpétration du mal, au lieu de la précéder pour en constituer Timputabilité morale !

Ce renversement des termes naturels et partout observables du jugement moral fait naître la connaissance du mal comme tel et, par

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suite, le progrès, du remords,et exigequele remords s'attacheà des actes commis sans aucun réel sentiment du mal fane. Dar^.'ln c onne un air spécieux à lVxplicatio.i de Forit^nne de la conscience chez animal humain, en opposant les genres d'impulsion l.s uns aux autres : ceux de la sociabilité et de la syn.palhie à ceux qvn naissent de pussions tout actuelles etdel'uHUt'- «le l'individu ; les s.c.nds, uiconstan s et variables; les premiers, pins lu-ot^nids, peut-être dus, corunu. le veut H. Spencer, f aux expériencesd'utilitéor^an.s.'es et eonsoli.lees à travers toutes les i^énération. passées de la race humaine, et <levenues cliez nous, par transmission et accumulation continues, cerlanies facultés d'mtuition morale ». « Après avoir, dit Darwin, cède a quelque tentation, nous éprouvons un sentiment de mécontentement, analogue à celui qui accompa-ne la non-satisfaction des antres mstincts, et qu'alors nous appela,, < ronscience; car nous ne pouvons pas empêcher les impressions et ima-es passées de se représenter continuellement à notre esprit; de les comparer dans .et état alTa.l.U avec les instincts sociaux toujours présents, ou avec des habitudes contractées dès la pren.ière jeunesse et fortifiées pendant toute la vie, héréditaires peut-être, et ainsi rendues presque aussi ener-iques qne des instincts. . Et ailleurs : « lorsqu'un désir ou une passion l'aura emporté sur ses sentiments sociaux, ! homme réfléchira, comparera les impressions maintenant affaiblies de ces impulsions passées avec l'instinct social qui est toujours présent, et éprouvera alors ce sentiment de mécontentement que laissent après eux tons les instincts auxquels on n'a pas obéi. Il prendra, en conséquence, la resolution d'a-ir différemment à Tavenir. Cest la conscience (1 . »

Mal-ré l'in-éniosité de cet arrangement, il n'est [...s bien dilheile ■ de voir que les termes du jugement de moralité s'y présenlent dans l'ordre renversé. En effet, la comparaison <iii motif auquel il a obei et du motif qu'il a repou>sé, si lagenl la fait ave, rrwunh après l'acte, c'est qu'il l'a déjà faite avant l'acte, ou bien il n'est pas ce qu'on appelle agent moral; et, s'il l'a faite avant l'acte, en ce même cas, c'est en se représentant un dccou- df faire c-a, un devoir de ne pas faire cela, ce qui n'est point du tout la même chose que la comparaison qui viendrait plus tard dun instinct préféré ou sacrihe à un autre instinct. La conscience ne peut suivre, avec le caractère dont il s'agit, qu'autant que son dictamen a précédé. Darwin, involontairement, accorde ce point, quand \e moi tentation\m échappe; car ce mot fait allusion à une comparaison préalable, accompa,4>iee dn sentiment d'un devoir faire (ou ne pas faire), et suivie, chez l'aident

(1; La descendance de l'homme, t. I, p 103-113, cit. Il, p. 412 de la Iraductioo fritDçaiie.

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