DE LA MÉTHODE EX GÉNÉRAL
Mais, puisque la méthode a la propriété de-lier la pensée et l’objet, on devrait, ce nous semble, être naturellement conduit à cette conclusion qu’elle participe de la nature de tous les deux , et que si , par exemple , le syllogisme met la pensée en rapport avec la vérité, il doit y avoir une communauté de nature, une sorte d’harmonie préétablie entre le syllogisme et la vérité. F.t on se confirmerait dans cette opinion , si l’on n’oubliait pas que les lois , ou règles , ainsi qu’on les appelle, de la méthode sont invariables et universelles, comme les lois île l’être, et qu’elles correspondent au mouvement de la réalité. Ainsi, par exemple, et en nous renfermant ici dans le point de vue de la lygique ordinaire, l’analyse et la synthèse ne sont pas seulement dans la pensée, mais elles sont aussi dans les choses. Car la division et la composition forment , en quelque sorte, la vie de la nature, tout aussi bien que celle de l’intelligence, et l’on peut dire qu’elles ne sont dans la pensée que parce qu’elles sont dans les choses , et, à un point de vue supérieur et plus profond, qu’elles sont dans les choses parce qu’elles sont dans la pensée1. Ajoutez, (pu* s’il n’y a pas un rapport réel et objectif entre ces formes de la pensée et l’être-, la connaissance de l’être lui-même nous est interdite. Et, en effet, lorsqu’on s’applique* la connaissance d’un objet, d’un principe , d’une idée, de l’idée du triangle ou de l’idée de Dieu, et que, par voie d’analyse, on déduit de ces idées leurs caractères intrinsèques et leurs attributs , ou cette analyse est fondée sur ces objets eux-mêmes , ét en reproduit fidèlement la nature, ou bien il n’y aura là que
1 Voy. chap. IV, et chap. Y1
des connaissances artificielles, ou moins encore, que des mots.
C’est pour échapper à ces objections qu’on a eu recours à ce mode de connaître particulier, que nous avons déjà examiné, à cette connaissance intuitive, à l'eide de laquelle on saisirait l'être, Dieu, l’Ame, par un acte simple et direct de la pensée, et sans le secours des procédés de la méthode1.
Mais, en admettant qu’une telle faculté existe, il faut voir si elle ne suppose à coté d’elle un autre mode de connaître; il faut voir surtout ce qu’elle vaut, ce qu’elle nous donne, et si elle nous donne ce qu’on nous promet. Ainsi , supposons qu’on affirme inluiltiemmt que Dieu est. On pourra d’abord demander si l’on est parvenu à celte connaissance directenfent, d’une manière immédiate, et sans un travail préalable de l’intelligence. Mais accordons qu’il en soit ainsi. 11 faudra examiner si celte affirmation satisfait à tous les besoins de la science relativement à Dieu , et si elle nous donne la connaissance de sa nature. Or, c’est là ce que la plus simple inspection de la question ne permet pas d’admettre. Car, ainsi que nous l’avons fait remarquer précédemment , ce n’est pas connaître Dieu que d’affirmer qu’il est, puisque pour obtenir une telle connaissance il faut savoir ce qu’il es/, quels sont ses attributs et ses rapports avec les choses. Et c’est, au fond, cette connaissance qui fait la différence des religions et des doctrines philosophiques. Car toutes les religions reconnaissent l’existence de Dieu , el , à cet égard, le Dieu des chrétiens et le fétiche des sau-
1 Yoy. plus haut, chap. II , §§ i et 3.