I. 'IDÉALISME FAIT LE FOND DE TOI TE DOCTRINE PIIILOSOPII. I
Car la substance absolue, la pensée et l’étendue absolues ou ne sont que des idées, ou ne sont saisies par l’intelligence qu’à l'aide des idées. Enfin, l’idéalisme est le point autour duquel gravite la science de ces derniers lemps, et tout le mouvement de la philosophie allemande depuis Kant jusqii’aTTegël n'est, comme nous le verrons tout à l’heure, qifîin dév<Tïqq>eiii‘‘iit . une transformation de celle doctrine.
Mais ce principe eonlmun, ce lien qui unit les différents systèmes spiritualistes et qui fait comme l’unité de la raison philosophique, ne semble pas pouvoir se retrouver dans les
quelles s’agite la pensée humainej't qu’elle s’efforce de rapprocher, et ils représentent les deux directions opposées de l’intelligence qui cherche le vrai tantôt au dehors, tantôt au dedans d’elle-tuème , tantôt dans l’expérience et tantôt dans la raison. El cependant les doctrines matérialistes, par une inconséquence naturelle et nécessaire, admettent et emploient , elles aussi, à leur insu , l’idée. Car, ou r\ le matérialisme ne reconnaît d’autre réalité que le pur phénomène, les données contingentes, variables et fugitives de l’expérience, et en ce cas il n’est autorisé à affirmer aucun principe, et il aboutit à la négation de la science, au scepticisme, et par le scepticisme à la négation de ses propres doctrines ; ou bien , pour échapper à cette conséquence, il admet, à côté de l’expérience, des lois et des principes. Mais, en ce cas, il se contredit lui-même, car il ^demande à l’idéalisme la justification de ses affirmations, les principes, l’absolu, l’essence, de quelque façon qu’on
CIUPITIIE II.
se les représenle, ne pouvant se concevoir et s'affirmer qu’à l’aide de l’idée.
El, en effet, la philosophie matérialiste pose la nature, le feu, les atomes, le vide, etc., comme principes absolus et générateurs des choses.
Or, tous ces principes dépassent les limites de l'expérience, et ils n’onl un sens et une réalité qu’à cette condition. Qu’enlend-on , en effet, par nature? Est-ce la matière? Ou bien est-ce une force absolue cachée au fond des choses, force qui est le principe de la funue et de l’être, et dont le s-clu^es ge seraient que des manifestations, des émanations visibles et successives? Dans ce dernier cas, nous sommes déjà bien loin du matérialisme. Car la notion de force est une notion transcendante, et, en se représentant la nature comme une force infinie, l’on emprunte à l'idéalisme et la notion de la force et la notion île Y infini.
Si maintenant par nature on entend la matière, ce sera toujours un principe, une force absolue que l’on aura devant soi. Car la matière n’est pas telle matière, telle propriété ou tel corps particulier, ni même un agrégat de • corps et de propriétés, mais la matière en soi, le substratum de toutes les propriétés et de tous les corps , et sous quelque forme qu’on se la représente, qu’on se la représente comme simple ou comme composée, il faudra la penser -comme substance et la saisir dans son unité. Et c’est ce qui deviendra plus évident encore, si l’on considère les formes générales de la matière , c’est-à-dire les lois, les genres et les espèces, qui ne sont et ne peuvent être que des éléments purement intelligibles'.
1 Coiif. plus lias, cliap. IV, § 1, cl chap. V, § î.
l’idéalisme fait i.e fond de toute doctrine philosoph. 33
Ces arguments, il est aisé de les étendre à toutes les doctrines matérialistes. L’atomisme lui-même, qui, au premier coup d’œil, parait être la doctrine la plus éloignée de l’idéalisme, puisqu’il fait des êtres un agrégat fortuit d’atomes, et qu’il n’admet ni formes ni lois déterminées, l’atomisme repose lui aussi sur une donnée idéaliste. Qu’esl-ce, en effet, que l’atome? Ce ne peut être qu’une force simple et inétendue, ou bien une molécule matérielle indivisible. Mais, si c’est une force simple, ce sera la monade de Leibnitz, qui n’est au fond qu’une conception idçale, et qui reproduit, sous une forme nouvelle, et, à notre avis, moins profonde, l’idée platonicienne.
Quant à la seconde hypothèse, l’on ne saurait d’abord concevoir une molécule absolument indivisible; et ensuite l’expérience ne nous présente que des corps divisibles. Mais, lors même qu’il existerait, ou qu’on pourrait concevoir l’existence de molécules indivisibles, de telles molécules ne seraient que des molécules simples, ce qui nous ramène à l’atome déterminé comme force simple. D’ailleurs, de quelque manière qu’on se représente l’atome, comme il ne nous est pas plus donné par l’expérience que la cause, la substance, etc., il n’a d’autre fondement ni d’autre principe que l’idée.
AiusL^b' matérialisme lui-même touche pat. plusieurs côtés et par ses principes essentiels il l’idéalisme, et l’on dirp gm> <-Vct l'irl.’.üUc.i.. ;■ l’état obscur, l’idéalisme
qui s’ignore lui-même.
C’est qu’en effet, sur quelque terrain que se place la philosophie, et de quelque point de vue qu’elle parte, ou
il faut qu’elle nie la science, ou qu’elle franchisse les li-
miles de l’expérience. Or, franchir ces limites, c’est entrer nécessairement dans le domaine des idées.
11 suit de I;V: T** Que l’idéalisme et la philosophie se confondent, et (pie la raison doit poursuivre la solution du problème de la science dans la connaissance de plus en plus intime de l'idée^ 2U Que tous les systèmes contiennent un germe de vérité, par cela même qu’ils contiennent une donnée idéaliste, qu’ils sont plutôt incomplets que faux, et qu’ils ne sont faux que parce qu’on ne sait les rattacher à une unité, à un point de vue supérieur qui mette en lumière la part de vérité qu’ils renferment'.