‹ Introduction à la philosophie de Hegel (volume 2)Chapitre 10 sur 26 · FICHTE · texte numérisé non relu

FICHTE

de sa nature. Car les choses qui ne seraient pas primitivement dans le moi, celui-ci ne saurait les connaître, ou, pour mieux dire, elles n’existeraient pas pour lui. En ce cas, elles ne concernent point le moi et ne peuvent être l’objet de la science.

S’il en est ainsi, si le moi est la condition de toutes choses, la position absolue du moi sera aussi le point de départ et le fondement de la connaissance philosophique. Le moi se pose, et il se pose tel qu’il est, et il est tel qu’il se pose « À=A » ; c’est là le premier principe de la philosophie de Ficlite. Ce principe ne saurait se démontrer. C’est un postulat ou un axiome qui ne doit pas être justifié, parce qu’il se justifie lui-même et qu’il justifie et explique toutes choses. Cette première position du moi a lieu en vertu de son activité intinie, et elle contient le moi tout entier, la pensée et l’être , la forme et la matière de la connaissance. Mais cette position du moi, on ne doit pas se la représenter comme un mouvement indéfini du dedans au dehors, comme une activité qui aspire à une limite et qui ne l’atteint jamais. Car, en ce cas, le moi ne pouvant faire retour sur lui-même, tout serait en lui à l’état d’indétermination, ou, pour mieux dire, il n’v aurait pas de moi, et le moi ne se poserait point. Ainsi, le moi en se posant se pose par cela même une limite, un non-moi «A — A». C’est là une condition absolue de son existence et de son activité.

Mais le moi c’est l’absolue et complète réalité, et le nonmoi n’est posé qu’autant que le moi lui-même est posé, et il ne peut être posé hors de lui. Le non-moi est, par conséquent, une manière d’être du moi; c’est le moi lui-même qui se dédouble en se posant, et qui, tout en demeurant

identique au fond même de son être, se montre sous ces deux aspects. Or, si le moi et le non-moi découlent d’un même principe , il doit y avoir un point où ils viennent coïncider et où toute différence est effacée, un point, en d’autres termes, où l’unité de leur forme correspond à l’unité de leur contenu. Ce point, Fichte le trouve dans la notion de la limite et de la divisibilité de la limite. Le moi et le nonmoi, en s’opposant, ne se détruisent pas, mais ils se limitent réciproquement, et, par conséquent, la limite leur est commune à tous les deux. Mais par cela même qu’ils se limitent, ils sont divisibles, autrement ils ne se limiteteraient point et il n’v aurait aucune distinction enLre eux. Par conséquent, la notion de la limite réunit et la différence et l’unité du moi.

Ainsi, position absolue du moi, opposition du moi dans le non-moi, retour du moi à son unité dans la limite, thèse, analyse, ou antithèse et synthèse, voilà les principes fondamentaux de la Doctrine de la science, principes qui déterminent à la fois l’être et la forme ou la méthode'.

Le troisième principe, en même temps qu’il réunit les deux premiers, renferme une nouvelle antithèse qui détermine la division de la science. Et, en effet, la possibilité de la division de la science dépend de la possibilité de la division et de la limitation de son contenu, c’est-à-dire ici du moi et du non-moi. Or, ou le moi pose le non-moi comme limité par le moi , ou il se pose comme limité par le non-moi; en d’autres termes, ou le moi se pose comme une activité libre et indépendante, qui recule et franchit la

* Conf. plus bas, chap. III, § 3, et chap. IV, § 5.

Page 1