‹ Introduction à la philosophie de HegelChapitre 10 sur 23 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Platon, n ne croit pas que l’objet de la philosophie soit de construire un monde idéal pour l’opposer au monde réel, et de séparer ces deux mondes au point de briser tout contact, tout rapport substantiel entre eux, et doubler ainsi la difficulté au lieu de la résoudre. Toute philosophie qui se place à ce point de vue est , sinon fausse, incomplète. Elle ne voit qu’un seul côté du problème, elle ne saisit qu’un seul aspect du vrai ; ce qui fait que dans le domaine de la science, aussi bien que dans celui de l’histoire, elle se trouve en présence de contradictions qu’elle est impuissante à concilier, qu’elle se donne à elle-même de perpétuels démentis , et que la science lui échappe tout aussi bien que la réalité. C’est que, en effet, il n’y a pas deux mondes indépendants et séparés, mais l’idéal et le réel ne sont que deux formes nécessaires de l’existence, deux éléments qui font comme la substance de tous les êtres, et qui sont enchaînés par cette unité profonde à laquelle est, pour ainsi dire, suspendue l’unité même de l’univers (1).

Par la même raison, Ilégel ne prend pas à l’égard de l’histoire en général et de la philosophie en particulier, l’attitude que prennent ordinairement les novateurs, et qu’avaient prise avant lui Bacon et Descartes. Aux yeux de ces philosophes, la rénovation et le perfectionnement de la science ne sauraient s’accomplir qu’à la condition de rompre brusquement avec le passé, de s’isoler de la tradition et d’élever le nouvel édifice avec la seule puissance de la raison individuelle. De là cette critique su-

(I) Coof. plus bas, cbap. III, $ 2 .

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