PHYSIONOMIE GÉNÉRALE DE LA PHILOS. DE HÉGEL
perficielle que Bacon dirige contre les doctrines qu’il connaissait à peine, et cette prétention d’inventer une méthode nouvelle et merveilleuse, quoique cette même méthode eût été décrite et appliquée, avec bien plus de profondeur, par ceux-là mêmes contre lesquels il dirige ses attaques (1). De là aussi ce soin exagéré que met Descartes à éloigner de ses écrits toute trace d’une recherche et d’un souvenir historiques, et une sorte d’ignorance affectée des grands systèmes de l’antiquité.
Concevoir ainsi la philosophie et la science, c’est les mutiler. En prétendant se séparer delà tradition et de l’histoire par’ une confiance exagérée en la raison individuelle, on finit par se séparer de la raison elle-même, dont l’histoire est la manifestation vivante et l’expression la plus haute et la plus vraie (2).
La philosophie doit expliquer le passé, et non le supprimer; elle doit le compléter, l’agrandir, lui communiquer une vie nouvelle, et non le détruire. En condamnant le passé , elle se condamne elle-même ; car c’est toujours la raison qui est en cause, et qu’on frappe. D’ailleurs , le passé et le présent sont liés par des liens indissolubles; car le présent a sa raison dans le passé, et un présent qui ignore le passé est un présent qui s’ignore lui-même. Et cette remarque s’applique surtout à la philosophie qui, embrassant, par son objet, l’univer^lité des choses, doit suivre les manifestations delà raison à travers tous les mouvements de l’histoire, dans
(1) Voy. dans nos Mélanget philotophiques, article Bacon.
(2) Conf. plus bas, chap. VI.
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