‹ Introduction à la philosophie de HegelChapitre 5 sur 23 · LXXXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

LXXXVI PRÉFACE

en dehors de l’histoire, et qu’ils font par cela même l’histoire. Et si de la religion nous passons à la science, nous trouverons que les mathématiques assument la même position ; car, leur prétention c’est d’être des sciences exactes et complètement constituées, du moins dans leurs principes et dans leurs méthodes essentielles.

Or, si l’on trouve assez simple et assez rationnelle une telle prétention pour la religion et pour lés mathématiques, je ne vois pas pourquoi on n’accorderdit pas ce même droit à la philosophie en général, et à la philosophie hégélienne [en particulier. Il y a plus. C’est qu’en y regardant de près on voit qu’il n’y a, et qu’il ne saurait y avoir, pour ainsi dire, qu’un point, et un seul point dans l’univèrs où cette prétention, ou ce droit, comme on voudra l’appeler, soit légitime et rationnel. C’est là où l’absolu peut se manifester, et être pensé, en tant qu’absolu. Or, ce n’est certes ni la pensée religieuse, ni la pensée mathématique, njais bien la pensée philosophique qui peut seule penser l’absolu, en tant qu’absolu. Il y en a qui reconnaissent bien cet idéal de la raison, mais qui n’en parlent, en môme temps, que comme d’un idéal possible, et d’un événement à venir. Ils se comportent, à l’égard de cet idéal, comme on se comporte en général à l’égard du progrès, ou de la nature divine. Je veux dire qu’on parle généralement d’un progrès indéfini, sans déterminer d’où il vient ni où il va, ou bien qu’on imagine un Dieu absolument séparé des choses.

DE LA SECONDE ÉDITION. LXXXVIl

sans déterminer quelle est la nature de ce Dieu qu’on place ainsi hors des confins de l’iinivers, ni où on le place, ni comment on l’y place. C’est de la même manière qu’on renvoie cet idéal à un temps à venir. Ce qui est fort commode; car cela dispense de bien des choses, mais surtout de s’entendre soimême, et d’entendre l’objet de sa pensée, en même temps qu’il laisse libre carrière à l’imagination et au sentiment, et à tous tes rêves qu’ils peuvent engendrer. Or, nous autres hégéliens nous disons que cet idéal n’est pas loin de nous, mais qu’il est devant nous, que ce n’est pas un événement possible, mais un événement accompli. En d’autres termes, notre dogme est que l’idée est le principe des choses, et que cette idée a été pensée et démontrée telle qu’elle est dans son existence éternelle et absolue par Hégel, etqu'e, par suite, l’histoire, l’histoire du monde et de la science, quels qu’ en puissent être, d’ailleurs, et les évolutions, et les formes, et les accidents divers, ne peut être ni se mouvoir en dehors de cette idée. S’il en est ainsi, loin que la domination de la doctrine hégélienne entraîne avec elle l’asservissement de l’intelligence, elle est faite, au contraire, pour élever et placer l’intelligence, e't, avec l’intelligence, l’homme entier dans la sphère de la véritable liberté. Car, si l’idée est la source de l’être, de la vérité et de l’amour, elle est aussi la source de la liberté. Plus on s’élève, en effet, dans la l'égion des idées, et plus on est libre. Et l’asservissement et l’oppression, asservissement et oppression qui ac-

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