LA SCOLASTIQUE DÉFINIE PAR SES MÉTHODES
§ 5. — La définition de la scolastique par ses méthodes.
23. Ce que nous venons de dire fournira les données nécessaires pour apprécier un groupe de définitions de la philosophie scolastique puisées dans sa méthode d'enseignement : il s'agit de celles qui choisissent comme signe différentiel tel ou tel processus d'ordre pédagogique.
C'est d'abord dans la langue qu'on cherche une définition de la philosophie scolastique, ou dans l'emploi des nombreux termes et formules qu'il faut traverser pour arriver jusqu'à la doctrine. « La scolastique, dit-on, est une philosophie empruntant la langue péripatéticienne «^); si bien qu'il existe une « contradiction entre le fond et la forme, parce que des idées platoniciennes sont revêtues d'une langue péripatéticienne « !
Ou encore : la scolastique exige une initiation, une fréquentation de Técole, une explication technique. « Pour s'en rendre compte, écrit M. Hogan, il suffit de se rappeler qu'une des causes qui contribuèrent le plus puissamment à la diffusion de la philosophie cartésienne fut le soin que prirent et le maître et les disciples, de traiter les plus hautes questions dans le langage usuel. Tous les termes techniques furent écartés, et les personnes du monde n'eurent besoin d'aucune initiation préalable pour suivre
*) Huel, Recherches historiques et critiques sur la vie^ les ouvrages et la doctrine de Henri de Gand, p. 95 (Gand, 1838).
les développements et les discussions auxquels donna naissance le système nouveau. Dès lors, la philosophie cessa d'être, dans le sens étymologique du mot, scolastique, c'est-à-dire confinée dans les écoles ; sous ses divers aspects elle se répandit au dehors . . . elle formait les idées et le langage de la société « ^).
Ces divers jugements sont-ils fondés ? Ne semble-t-il pas au contraire qu'une langue quelconque, suffisamment assouplie, peut revêtir n'importe quel fonds d'idées? Ce ne sont ni les formules d'initiation, ni les vocabulaires conventionnels qui constituent un système de philosophie, et le lien qui unit celui-ci à ceux-là n'est pas indissoluble. L'histoire contient à ce sujet des enseignements significatifs. Le stoïcisme eut le rare mérite de créer une terminologie nouvelle et précise, adaptée à une façon originale de concevoir le cosmos. Cependant les historiens du stoïcisme ne le définissent pas par l'emploi d'un langage technique, mais par le dynamisme à la fois moniste et matérialiste qui fait du stoïcisme ime doctrine sut generis, faisant époque dans l'évolution de la philosophie grecque. La langue des stoïciens a surv'écu au stoïcisme ^) ; elle s'est mise au service d'autres idées, notamment du néo-platonisme, et plusieurs de ses termes se sont infiltrés jusque dans la phi-
>) Les Études du clergé, pp. 97 et 98, trad. de Panglais par A. B o udinhon (Paris, Lethielleux, 1900).
*) Notons parmi beaucoup d'autres les mots : xdvo;, Xdyo< <mep[t.otxix.6^, ^(ovai, aTjfiotvov, Xsxtdv, xataXïiTuxixdv.