LA SCOL ASTIQUE DÉFINIE PAR SES MÉTHODES
losophie du moyen âge et même dans la philosophie moderne. Tel aussi fut le sort de plus d'une formule scolastique qu on retrouve sous la plume d'un Descartes, d'un Leibniz et d'autres ^). Or, il est évident que dans ces emplois divers, la langue est un accessoire de la doctrine. Ce n'est pas le serviteur qui donne son nom au maître, mais au contraire on le voit endosser successivement les livrées de ceux que tour à tour il s'engage à servir.
Quant aux allégations de M. Hogan sur la diversité de la philosophie médiévale et de la philosophie moderne, elles sont, à plus d'un point de vue, contestables. Ces deux philosophies se propagèrent certes par des voies différentes. Ce phénomène s'explique aisément par la différence des conditions matérielles et sociales faites à l'homme de science des xiii^ et xvu® siècles ; notamment l'invention de l'imprimerie introduisit dans la circulation des idées un bouleversement radical. Mais il ne semble pas que pour diversifier deux époques philosophiques il faille attacher à la présence ou
*) Les influences du latin de la scolastique se retrouvent même dans le français modeme.Celui-ci « a subi pendant tout le moyen âge Pinfluence du bas latin, cette langue nouvelle que la théologie et la scolastique ont tirée du latin classique, en le modifiant pour l'approprier aux besoins nouveaux de l'esprit, et dans laquelle ont écrit les penseurs et les philosophes les plus éminents de notre époque... Cette continuation barbare du latin classique est à la fois une langue originale, qui sert à traduire des idées, des sentiments jusqu'alors inconnus, et une des sources du français moderne, en ce qui concerne l'expression des idées abstraites, philosophiques, religieuses, scientifiques, juridiques». Hatzfeld et Darmesteter, Dictionnaire général de la langue française etc. Introduction, p. VII.
à Tabsence d*un formulaire Timportance quy attache M. Hogan.
Le langage des scolastiques est un langage d'idées, mais toute science bien constituée a son vocabulaire. Il est inexact d'ailleurs que la philosophie moderne n*ait pas de terminologie technique, mais celle-ci a le défaut de n'être pas uniforme. Descartes a ses formules (esiyrits miimaux, pensée) ; Leibniz a les siennes {monades, apperception, peiH es perceptions, etc.); Kant n'est intelligible qu'à Taide d'un vocabulaire^) plus complet que celui de la scolastique [formes a pi'iori , Ding-an-sich, esthétique t)*nnscend(mtale, impératif catégorique, etc.). Ce manque d'uniformité de la langue des philosophes modernes entraîne un désfirroi auquel on essaie vainement de remédier.
Quoi qu'il en soit, les formules scolastiques sont intelligibles, sans qu'un maître les explique du haut d'une chaire, et d'excellents traités de tout genre permettent à qui le désire de s'initier à la saine philosophie du xiii^ siècle, sans quitter son bureau de travail ou sa bibliothèque.
Au surplus, et quand bien même ses formules ne seraient accessibles que grâce aux commentaires d'un professeur, « dans une école «, cette circonstance nous laisserait ignorants de la pensée que les formules expriment.
Cf. G. Wegner, Kantlexicon (Berlin, Peters). Voir, en particuUer, pour la Critique de la raison pure, le Sach-Register joint à l'édition du D^Vorlânder (Halle, Hendel) ou l'important commentaire du D' Vaihinger (en 4 vol., dont deux parus, Stuttgart et Leipzig, 1881-1892).