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LA SCOLASTIQUE DÉFINIE PAR SES MÉTHODES

24. D'autres définissent la scolastique par ses procédés syllogistiques, avec les marches et contremarches, distinctions et sous-distinctions que ces procédés impliquent. «* La scolastique, dit Diderot, est moins une philosophie particulière qu'une méthode d'argumentation sèche et serrée sous laquelle on a réduit Taristotélisme, fourré de cent questions puériles «^). Et plus près de nous, M. Fouillée tient la scolastique pour un amas de formulas creuses, « sans idées, tirant des conséquencas à l'infini, sans vérifier les principes qui demeurent au-dessus de l'examen « *). Ou bien encore on entend par scolastique « tout mode de penser que caractérisent un raffinement et une subtilité excessifs ; l'emploi de distinctions formelles sans trêve et sans point de vue spécial « ^).

Pour montrer combien superficielles sont ces notions, il suffit de considérer qu'on peut condenser en syllogismes la doctrine de Kant comme celle de saint Thomas. Dirait-on de Kant qu'il est scolastique, s'il avait livré son idéalisme transcendantal sous forme de sorites disposés en séries? Leibniz est-il scohistique parce qu'il a hautement prisé les

•) Œuvres, t. XIX, p. 362.

*) Histoire de la philosophie, p. 198 (Paris, 1883).

•) « Any mody of thought characterized by excessive refinement and subtlety ; the making of formai distinctions without end and without spécial point. » Dans le Dictionary of Philosophy and Psychology publié par B al d w in (Macmillan, 1902), t. II, p. 492, au mot « Scholasticism », sous la signature de J. Dewey. Nous rencontrerons plus loin (§ 7) un autre sens du mot signalé dans le même article.

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ressources du syllogisme, et que lui-même, dans une discussion avec un grand mathématicien, poussa Tessai jusqu'au quatorzième polysyllogisme ? (20). Ou encore, Wolf est-il un scolastique parce qu'il affectionne les syllogismes et les schémas dans ces célèbres manuels où toute TAUomagne du xviu* siècle s'initia à la philosophie i

25. Parfois aussi on définit la scolastique, non on l'identifiant avec un procédé déterminé, mais en faisant de la systématisation affectionnée pour clle-mômo son caractère distinctif. Tandis que les matériaux scientifiques manipulés parles Pères de l'Église existent dans un état d(î désordre, la scohistique les dispose dans dos cadres rigoureux. La scolastique, dit-on, est Schulwissrnscha/Ï , appropriation de la science, quelle qu'elle soit, aux besoins pédagogiques *).

Le lait n'est pas contestable, mais il est insuffisant pour fonder une définition. D'abord l'uniformité de la systématisation ne s'étend pas à l'ordre des matières traitées, mais elle régit principalement la marche suivie dans l'étude d'une question nettement déterminée (18 et 19). De plus, cette systématisation n'est pas propre à la philosophie scolastique, et dès lors la définition qui s'en inspire ne convient plus « omni et soli definito ^ . Qu'il s'agisse en effet de matières

') Willmann, Geschichte des Idealtsmus, t. II, § 67, nos 2 et 4 (Brunswick, 180G). On comprend que les historiens qui se placent à ce point de vue peuvent appeler J. Scot Eriugène « le premier scolastique », le philosophe palatin ayant systématisé avant saint Anselme et mieux que lui (v. le § suivant). Cf. Wi llmann, tbid,^ p. 339.

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