‹ Introduction à la philosophie neoscholasticChapitre 2 sur 53 · LES NOTIONS PAR A PEU PRES · texte numérisé non relu

LES NOTIONS PAR A PEU PRES

§ 1. — Le sens vague et défavorable du mot,

!• Le terme scolasfique est, sous beaucoup de plumes et dans nombre de bouches, une désignation confuse de la spéculation philosophique ou théologique du moyen âge ; il résume la mentalité d'une civilisation rudimentaire ; « la scolastique 5» , c'est la douteuse et vacillante lumière de la « longue nuit de mille ans « .

Le sens vague du mot s'est doublé d'un sens défavorable: on s'est habitué à déprécier le savoir d'antan, et à le regarder comme le produit d'un âge crédule, dont seuls les

moines et les clercs d'alors ont pu se tenir pour satisfaits. Ainsi scolastique est devenu synonyme de démodé, naïf, dépourvu de valeur scientifique.

2. Ce mépris pour le savoir du moyen âge date de la Renaissance. Assurément les productions décadentes des XV® et XVI® siècles appelaient des critiques et des réactions ; mais les unes et les autres furent excessives, (v. § 19) Laurentius Valla désigne à la réprobation cette race superstitieuse et insensée de professeurs {génies hominum superstitiosum atque vecors) qui font jurer à leurs élèves de ne jamais combattre Aristote *). Ludovicus Vives raille sans merci les sophismata et le dévergondage dialectique de l'Université de Paris, où les maîtres « inventent et fabriquent des inepties et quelque nouvelle langue qu'ils sont seuls à entendre « ^).

Ces jugements sévères ont formé la conviction des générations suivantes qui, renchérissant sur la Renaissance, ont confondu dans un commun mépris non seulement les décadents des xv®, xvi® et xvu® siècles, mais en général tous les philosophes scolastiques. Leur science, écrit Bacon de Verulam, s'est évanouie en questions subtiles, vaines et malsaines, comme un organisme en décomposition [solvitur in subtiles, vanas, insalubres et, si ita loqiii liceat, vermi-

^; Dialecticae disputationes. Praefatio (Opéra, Paris 1640), p. 643.

') « Somniant et confingunt sibi ineptias ac novam quandam linguam quam ipsi soU intelligant. » In Pseudo-dialeciicos (Opéra, éd. 1782), t. III, p. 38.

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