LE SENS VAGUE ET DÉFAVORABLE DU MOT
cuiatas qitaesHones ^). Les encyclopédistes du xviii® siècle prirent en pitié «* ceux qui s adonnoient à ces misérables subtilités scholastiques, qui consistent plus dans les mots que dans les choses « ; on plaisanta Duns Scot chez qui on ne trouve «* que de vaines subtilités, et une métaphysique que tout homme de bon sens rejette 9» puisqu'on peut dire de lui : « un homme qui sauroit parfaitement tout ce qu'il a fait, ne sauroit rien « ^).
Et quand, dans la seconde moitié du xviii® siècle, Brucker publia sa grande Historia critica philosophiae, il ne recourut à d'autres sources, pour juger la scolastique, qu'aux œuvres de ses impitoyables détracteurs. Faut-il s'étonner dès lors que cette histoire critique, — trop passionnée pour mériter ce nom — représente l'initiation des savants occidentaux du xii® siècle aux (Buvres d'Aristote comme le signal du complet abrutissement P) La recherche du vrai, conclut le même auteur, ne fut jamais l'âme de la scolastique ; celle-ci n'est autre chose qu'un tissu de velifationes philosophicae, formant une logomachie indigeste ^).
*) De augmetitis scientiarum, l. 1, c. 9. Cité par Brucker, Historia critica philosophiae^ III, 877. Vdir ci-dessus, n. 3.
*) Encyclopédie des sciences, des arts et métiers, publiée par Diderot et d'Alembert, au mot « Aristote » (t. I, pp. 66:'î-664).
•) « Cui (dialecticae) cum accédèrent saeculo XI metaphysicae speculationes, praecisiones mentales, et varia alia mentis otiosa deïiria, saeculo vero XII Aristotelis metaphysica his elegantiis plena innotuisset, ita hominum horum subtilitas aucta est, ut plane ab humani intellectus natura degeneraret. » Historia critica philosophiae (Leipzig, 1766), t III, p. 712.
*) Ibid,, pp. 870-871.
Dialectica ista non rationalis philosophia fuit, sed ars rixosa; — Metaphysica inani dialocticao juncta malum hoc auctum, indcque oxorlae logomachiae innumerao ; — Subtilitas afîectala nimia et imutilis ; — Juncta barbaries sermonis cuin barbarie cogitai ion um: voilà quelques-unes des rubriques sous lesquelles Rrucker groupe ses diatribes contre un mouvement d'idées qu'il a condanmé sans le connaître.
Pareille attitude de la part d'un homme qui ouvre la lignée des grands historiens modernes de la philosophie devait appanmiment engendrer le dégoût de la scobistiquo médiévale. Parmi nos contemporains, les uns ont réédité les mêmes condanmations sommaires et dédaigneuses fins de non-recevoir. Taine, par exemple, considère Tépoque des grands docteurs du xiii^ siècle comme un âge d' « imbécillité « digne de tous les mépris. - Trois siècles au fond de cette fosse noire n'ajoutèrent pas une idée à Tesprit humain?''). D'autres jugent qu'il vaut mieux - sauter à pieds joints « par dessus ce moyen âge, qui fut la honte de hi pensée humaine. Les Allemands ont appelé cet inditférentisme : De?- Sprnng Hbcr dus Mi1trIaUn\ D(îpuis la fermeture des écoles grecrjucs par Justinien en 529, jusqu'à la publication du Discours de la Méihodr en 1()37, l'humanité engourdie aurait donc cessé de penser, et de poser devant sa réfl<»xion souveraine h^s grands i)roblèmos de la
M Histoire de hi Littérature an^Inise^ t. 1, pp. 22B et 225.