LA PHYSIQUE GÉNÉRALE
lions les plus difficiles de la scolastique. Les grands docteurs sont unanimes h reconnaître l'intervention d'un triple facteur : de la cause première exerçant son concursus gencralis ; de la matière préexistante disposée à recevoir la forme nouvelle et à donner naissance au composé nouveau ; de l'agent naturel, principe actif de Tactualisation du sujet récepteur. Mais le désaccord surgit quand il faut déterminer le rôle respectif de chacun de ces facteurs. Thomas d'Aquin accentue la virtiLS activa de l'agent naturel et la passivité de la matière. Le problème de l'apparition et de la disparition des formes est ramené, purement et simplement, à celui de l'actualis^ition d'une puissance dans un sujet préexistant (Gl). La doctrine thomiste est en opposition avec l'antique théorie des rationes séminales, défendue par saint Bonaventure et par la plupart des anciens scolastiques du xuf siècle. D'après les partisans de cette hypothèse cosmologique, Dieu aurait originairement déposé dans la matière des forces actives, principes séminaux de toutes choses, dont l'éclosion successive au sein de la matière expliquerait l'apparition des innombrables substances de l'univers.
76. Quoi qu'il en soit, la finalité domine la série des transformations substantielles et par conséquent l'ordre universel, tout comme elle régit les activités dont chaque être est le siège (68) .
Si on excepte quelques réalistes du xii® siècle, induits en erreur par les descriptions poétiques du Timée, on peut
dire que jamais la scolastique n'a considéré la nature comme un organisme, ayant son unité réelle et physique, à la manière des anciens. Interrogée sur le terme vers lequel évolue le cosmos, la scohistique trouve une réponse inconnue du Stagirite, dans les relations du monde et de Dieu. La créature ne peut avoir d'autre fin que la gloire de son Créateur. Or, cette gloire se manifeste d'abord dans la contemplation par T Intelligence infinie du spectacle de l'univers ; elle se manifeste aussi dans la connaissance que d'autres êtres intelligents obtiennent de Tordre merveilleux de la création. Ainsi se trouve élucidée une énigme qu'Aristote pose, mais ne résout pas d'une manière satisfaisante : comment Dieu est-il cause finale du monde matériel ?
§ 15. — Physique céleste et terrestre.
77. Le spoctncle du ciel en impose par la révolution régulière et l'apparente immutabilité des astres. Sous rinrtuence des croyances populaires, qui en faisaient dos dieux, Aristotc attribuait à la substance astrale une perfection supérieure h celle de la substance terrestre ; et il établissait une distinction de nature entre la première, qui paraît soustraite aux lois de l'altération, de la génération et de In mort, et la seconde qu'on voit emportée dans le perpétuel devenir. Le moyen âge reprend pour son compte ce principe a j^^'iori ; et l'iurtuenco de ce postulat vicieux se retrouve au xiif siècle dans les trois départements de