‹ Introduction à la philosophie neoscholasticChapitre 29 sur 53 · NÉO'SCOLASTJQUE ET HISTOIRE · texte numérisé non relu

NÉO'SCOLASTJQUE ET HISTOIRE

constitution môme de leurs synthèses respectives. Il s'explique surtout par Tirrésistible besoin de savoir qui caractérise notre époque, et qui fut le ressort des sciences naturelles avant d'être celui des sciences historiques.

Tout fait humain qui s'est accompli dans le passé est intéressant en lui-même, parce qu'il peut devenir un jour, dans quelque grand travail de synthèse, un document significatif. Et si ce fait touche de près ou de loin à des conceptions philosophiques, il est de nature à expliquer, pour une part, TinHuence exercée par une personnalité dans la genèse et la filiation des systèmes, la répercussion d'un mode de philosopher sur une forme déterminée de la vie sociale, etc. Le culte de l'histoire de la philosophie, comme celui de toute science historique, est une forme du culte du vrai, et c'est assez pour le justifier. Cela suffit pour qu'on soit en droit d'exiger de l'historien de la philosophie tout l'appareil critique dont la seconde moitié du xix^ siècle a fait la base générale de Thistoire.

Or cette fondamentale raison d'être de l'histoire de la philosophie n'existait pas aux yeux des scolastiques médiévaux. De là, les imperfections signalées plus haut : manque de rigueur dans la fixation du fait historique comme tel, absence de scrupule dans l'altribution d'une idée ou d'un texte il un auteur, à peu près dos citations, etc. (21).

L'utilité qu'on reconnaissait alors à l'histoire était autre: celle-ci avait pour objet de recueillir l'âme de vérité déposée dans tout système de philosophie ; de réfuter les théories

antiscolastiques, et de fournir ainsi une contre-épreuve à la valeur doctrinale de la scolastique même.

Le point de vue médiéval, ou cette seconde raison de cultiver l'histoire, vient à Tarrièrc-plan pour les modernes, bien qu'il soit difficile de contester l'appoint qui peut résulter, au profit de n'importe quel système philosophique, du contrôle et de la contradiction. Ce changement de point de vue a sa cause non pas dans l'histoire, mais dans la psychologie des historiens : parmi ceux-ci beaucoup n'ont pas de convictions philosophiques et se gardent scrupuleusement d'en avoir. Tel est le désarroi des idées dans nos sociétés contemporaines, que peu d'hommes osent prendre position (ît s'affirmer ; la plupart renoncent à souscrire à un système intégral, parce que le royaume des idées est plus que jamais livré à la contradiction, et qu'il n'est pas toujours facile d'organiser sa vie d'après ses principes. Un scepticisme bon enfant dispense de toute conviction, et au lieu de philosopher, beaucoup préfèrent passer en revue la philosophie des autres.

L'esprit des modernes est donc sur ce point aux antipodes de l'esprit des écrivains médiévaux. Mais cette opposition ne tenant pas à la nature des choses, et dérivant d'une façon de penser propre à certains historiens, les deux raisons fondamentales de s'adonner à l'histoire de la philosophie, loin de s'exclure, se complètent, et elles s'imposent l'une et l'autre aux scolastiques du xx** siècle.

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