‹ Introduction à la philosophie neoscholasticChapitre 33 sur 53 · NÉO'SCOLASTIQUE ET DOGMATIQUE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

NÉO'SCOLASTIQUE ET DOGMATIQUE RELIGIEUSE

M. Blondel, qui résume en ces termes la doctrine d'Ollé- Laprune^),a renchéri sur son maître, et d'autres l'ont suivi dans une direction qui conduisit en droite ligne au néokantisme. Il suffisait, pour cela, de refaire, conformément au anticisme, le procès qu'OUé-Laprune intentait à la raison, et de cantonner strictement dans Tactivité volitive toute certitude d'un monde en soi.

Sur ce curieux état d'ame de certains catholiques français, une revue bien au courant de l'évolution du kantisme — les Kantstudien — a publié une étude documentée, où le lecteur trouvera de nombreuses indications bibliographiques et des aperçus instructifs. « En dépit de l'Encyclique du 4 août 1879, qui définit la philosophie chrétienne par la scolastique, — écrit M. Leclère, — en dépit de l'Encyclique du 8 septembre 1899 qui condamne le kantisme, des catholiques, des prêtres, dans cette France même où les fidèles sont si soumis d'ordinaire à la parole du Saint-Siège, ont entrepris et continuent de construire en s'inspirant, consciemment ou non, de Kant, une philosophie nouvelle destinée cà servir de base humaine à la foi révélée ; ils prétendent n'être pas plus hérétiques que les thomistes qui les combattent ou les cartésiens que l'on traite avec indulgence «*).

>) M. Blondel, Léon O/Zê-Laprime {Paris, 1899). *) Albert Leclère, Le mouvement catholique kantien en France à rheure présente (Kantstudien, Bd. VII, H. 2 u. B). Tiré à part 1902, p. 2.

118. Retenons-en, nous, celte conclusion qu'un catholique peut, de bonne foi, se rallier à d'autres philosophies que la néo-scolastique.

Voilà pourquoi il n'y a pas de philosophie catholique, pas plus qu'il n'y a une science catholique. Mais il y a des philosophes croyant, en matière religieuse, à telle dogmatique, tout comme il y a des chimistes ou des médecins qui sont en même temps des catholiques, des protestants ou des juifs. La néo-scolastique se constitue en dehors de toute préoccupation confessionnelle, et c'est tout confondre que de lui assigner un but apologétique ^).

Dans la page qui suit et que nous empruntons à un des le«aders incontestés de la néo-scohistique, est mise en pleine lumièrv3 l'attitude qui s'impose aux savants catholiques comme garantie de la liberté de leur savoir.

- Oui, on a cette idée préconçue que le savant catholique est un soldat au service de sa foi religieuse, et que la science ne peut être, entre ses mains, qu'une arme pour la défense de son a^edo, II semble, aux yeux d'un grand nombre, que le savant catholique soit toujours sous le coup

*) Les découvertes scientifiques de toute nature et les progrès de k critique biblique et évnngélique ont imprimé à Tapologétique moderne un essor considérable. C'est une science nouvelle qui, à la différence de l'apologétique du moyen âge, ne fait pas seulement appel à la philosophie, mais ;\ toutes les sciences particulières. Rappelons-nous cependant (jue déjà au moyen âge il faut distinguer \q, philosophie proprement dite et la théologie dialectique ou l'apologétique (39). Plus que jamais 'cette distinction s'impose.

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