NÉO'SCOL ASTIQUE ET SCIENCES MODERNES
la bactériologie, pour prendre des exemples au hasard, se renferment chacune dans la considération d'un « objet formel « très bien défini, qu'on peut appeler l'angle typique sous lequel elles saisissent un groupe plus ou moins vaste de choses.
En fixant leurs frontières respectives, les sciences ont définitivement acquis une valeur autonome, et du même coup s'est brisé le lien qui autrefois les rivait à la philosophie. Au moyen âge en effet, elles étaient considéréos comme les préliminaires de la physique rationnelle (48, 49), et la recherche du détail ne valait qu à titre de préparation au travail synthétique de la philosophie. Aujourd'hui elles ont un sens propre et absolu, et la division du travail a consommé leur séparation d'avec la philosophie. Malheureusement, sous la poussée d'idées outrancières, la séparation ne tarda pas à devenir un divorce ; les hommes de science s'en allèrent d'un côté, les philosophes de l'autre; et bientôt s'accrédita ce prtyugé, si grave, si injuste, que le travail fourni par les uns est incompatible avec le travail fourni par les autres.
Le progrès interne réalisé par chaque science particulière amena une autre révolution dans le savoir. Aussi longtemps que les instruments d'observation étaient imparfaits et les méthodes inductives restreintes, on peut dire d'une façon très générale qu'il était impossible de s'élever audessus d'une connaissance élémentaire. On savait bien au
xuf siècle que le vin exposé à Tair devenait vinaigre. Mais que représentent des faits de ce genre à côté des formules complexes de la chimie moderne ? De là résultait qu'au moyen âge un homme tel qu'Albert le Grand ou Roger Bacon pouvait se flatter d'avoir appris toutes les sciences de son temps, tandis qu'aujourd'hui pareille prétention ferait sourire. Dans chaque ordre de savoir, le progrès a nettement fait le départ entre les connaissances vulgaires et les connaissances scientifiques. Les premières sont d'ordinaire le point de départ des secondes; mais les conclusions et les doctrines que les sciences impliquent sont devenues inintelligibles sans une longue et laborieuse initiation.
120. Ces profondes modifications dans l'état des sciences entraînent-elles des modifications correspondantes dans le système de rapports que le moyen âge établissait entre les sciences particulières et la philosophie ? La néo-scolastique sera-t-elle indifférente aux découvertes de ces sciences, ou s'en inspirera-t-clle l
Le principe qui doit dicter la réponse à cette question ne nous paraît pas douteux. Car les raisons qu'avait la philosophie scolastique de prendre contact avec les sciences existent, mille fols plus impérieuses, à l'époque où nous vivons. Si le coup d'œil synthétique et profond, qui légitime V existence de la philosophie (48), présuppose des recherches analytiques, serait-ce par hasard parce que celles-ci se perfectionnent et se multiplient qu'il faudrait