NÉO'SCOLASTIQUE ET SCIENCES MODERNES
les négliger i ^) L'horizon du savoir détaillé s'élargit sans cesse ; les recherches de tous genres explorent par parcelles les départements de l'univers. Et la philosophie qui se donne pour mission d'expliquer cet ordre de l'univers par des raisons générales et dernières, non pas seulement applicables à un groupe de faits, mais h la totalité des phénomènes connus, ne se soucierait môme pas de ce qu'il s'agit d'expliquer ! La philosophie est semblable à un belvédère d'où l'on découvre le ])anorama d'une grande cité. On y embrasse le plan de la ville, ses monuments et ses grandes artères, leur forme et leur place respective : toutes choses que ne peut discerner le visiteur quand il parcourt par le détail les rues et les ruelles, ou visite successivement les bibliothèques, les églises, les palais ou les musées. Or voici que la ville se développe et grandit ! Raison de plus, si on veut la connaître dans son ensemble, pour gravir les marches du belvédère et considérer du haut de sa plateforme le plan qui a présidé à la construction des quartiers nouveaux.
*; « En présence du livre immense que la vérité étale devant nous, nous avons comme la vue basse ; nous ne pouvons le lire qu'à la condition de regarder de tout près les mots, les syllabes, les lettres dont il est fait ; de là, la nécessité de sciences particulières. Mais celles-ci ne nous donnent pas la représentation exacte de la réalité. Les sciences particulières abstraient. Or, les relations qu'elles isolent par la pensée se tiennent dans la réalité ; elles s*enchaînent les unes aux autres, et c'est pour cela que les sciences spéciales appellent une science des sciences, une synthèse générale, en un mot, la philosophie.» J. H. Newman, The idea of a Uuiversity^ University subjects, Disc. III, 4.
En outre, la néo-scolastique possède des explications de Tordre cosmique qu'elle croit valables pour le moment présent, comme elles Tétaient au temps d'Aristote et de saint Thomas ; — tandis que ses adversaires les déclarent inconciliables avec les résultats des sciences modernes. Le moment serait-il bien choisi de dérober ces principes au choc des objections et au contrôle des sciences, comme on tient à Técart de la lutte les faibles et les impotents ? De deux choses Tune : ou bien les vieux principes seront impuissants à synthétiser les données certaines des sciences, et alors les néo-scolastiques qui veulent avant tout la recherche du vrai, ont grand intérêt k ne pas se l)ercer plus longtemps de chimères. Ou bien ces vieux principes ne le céderont en rien aux systèmes inventés par les pliilosophes modernes ; ils s'adapteront non moins bien aux faits et en fourniront une interprétation satisfaisante. Alors Tépreuve deviendra une victoire et hi philosophie du passé demeurera légitimement la philosophie du présont.
\'oilà pourquoi T union avec les sciences n'est pjis seulement une des faces principales du modernisme de la néo-scolastique, mais le l)ut môme que poursuivent les promoteurs et les ouvriers de Tœuvre nouvelle. Léon XIII Ta nettement indiqué dans son encyclique Aeiemi Pairis, et T Institut de Philosophie de Louvain, créé sur son ordre, a poursuivi Tapplication de ce principe dans toutes les branches de son enseignement.