LA SCOLASTIQUE OV LA FILLE DES ÉCOLES
laire qu'il en déduit. Si la scolastique n'est autre chose que la philosophie professée dans les écoles, il semble étranfî:^, « priori, qu'elle ait été étouffée par les progrès d*un art si bien fait pour décupler la puissance de renseignement oral. De fait, Tinvention de l'imprimerie n'a pas marqué la Un de Tefflorescence des écoles en Occident. Dans tous les pays d'Europe, on a vu surgir de nombreuses univeisités, postérieures au xvi*" siècle. El, aujourd'hui même, Taccroissemenl d'influence que les machines perfectionnées assurent à la presse est loin d'entraîner le dépeuplement progressif des centres d'enseignement. La publication d'ouvrages n'empêchera jamais la jeunesse de se groui)er autour des chairas, pas plus qu'elle n'éloignera les foules de la tribune des orateurs, parce que la parole est douée d'un pouvoir de communication persuasive ({ue ne possède pas le meilleur des livres.
10. Aussi bien M. Picavet, de l'École des Hautes Études de Paris, et qui se réclame de M. Ilaur&iu ^), tire une conclusion contraire du principe posé par son maître. La scolastique demeure la ^^ fille des écoles «"^). Elle est la « théologie ou la philosophie qui s'enseigne, parfois s'invente ou se développe, parfois aussi meurt dans les écoles r ^),
Mais, tandis que pour M. Ilaurééiu les écoles et avec
') M. Picavet, Nos maîtres. I. M. Hauréau (Revue internationaîe de r Enseignement, 16 décembre 1900).
-) Revue philosophique, 1902, p. 185.
•*) Grande Encyclopédie, au mot « Scolastique ».
elles la scolastiquo ourent lait leur temps à la fin du moyen nge, pour M. Picavot elles ont- survécu à l'invention de rimprimerie ; et la scolnsiique déborde le moyen âge, de même que renseignement scolaire dont elle est la « fille r . ^ Il y a une scolastique platonicienne, péripatéticienne, surtout néo-platonicienne, une scolastique protestante et catholi(iue, une scolastique hégélienne, cousinienne, ou schopenhauerienne, etc. Mais c'est, au sens le plus usité, la philosophie médiévale, qu'on trouve chez les Byzantins, les Arabes et les Juifs, chez les chrétiens d'Occident ^i^).
L'élargissement que M. Picavet fait subir à la notion de scolastique est plus conforme à la logique que la restriction que M. Ilauréau lui impose. Mais est-elle plus heureuse ?
Hegel, Cousin, Schopenhauer ^) eussent-ils été enchantés de s'entendre appeler scohisdques ^ Non seulement tout professeur de philosophie — Kant comme Thomas d'Aijuin, Wundt comme Boutroux, Paulsen comme Bergson, M. Picavet lui-même — devient scolasfiquc ; mais la scohistique s'étend par delà les frontières de la philosophie et de la théologie, cà toute science qui peut se réclamer d'un chef d'école et d'un enseignement oral.
11. Or, c'est un abus de langage et un vice de terminologie. Pour tous, en effet, la scolastitiue est chose yncdiévalc,
') Grande Encyclopédie^ au mot ^ Scolastique ».
^) \'oir un ouvrag;e de M. V a 1 e n ti n e r , Schopenhauer ah Schohistiker (Leipziij, 1901), avec ce sous-titre : « Eine Kritik der Schopenhauerschen Philos()i)hie mit Rilcksicht auf die «;esammte kantische Neuscholastik >. Nous ne savons dans quel sens l'auteur emploie le terme scolastique.