III. Intervention cle la Providence
Si l’on y fait bien attention, on découvre parmi tous les peuples la notion profondément empreinte de
l’action toujours présente de la Providence. Il fallait que cette notion fût bien universellement répandue, car c’est celle dont on aperçoit le plus de témoignages dans tous les écrivains de l’antiquité. Un savant auteur, que j’ai déjà cité *, a recueilli une multitude infinie de passages empruntés aux poètes, aux philosophes et aux historiens. On voit par ces citations combien la tradition avoit conservé de toutes parts l’idée d’une Providence qui veille au salut des hommes, qui gouverne les affaires de la vie, qui règle le cours des astres et les révolutions des empires, qui domine tous les événemens, et qui est maîtresse du présent et de l’avenir. J’ai résisté avec peine au désir curieux d’offrir un choix de ces témoignages, comme une autorité imposante et nouvelle, qui montrât l’antiquité toujours fidèle, au milieu de ses déplorables erreurs, à certaines vérités fontamentales et aux premières traditions du genre humain. Mais peut-être est* il inutile de chercher à faire entrer avec effort dans les esprits des convictions contre lesquelles s’élève peu de résistance; car on ne nie guère les opinions anciennes des hommes. On peut croire que ces opinions sont des erreurs; mais on n’est pas tellement insensé, qu’en les voyant écrites dans les livres et dans les monumens des nations, on ose affirmer que les nations ne les ont point connues, qu’elles ne les ont point reçues, qu’elles ne les ont point transmises.
D’ailleurs, indépendamment des écrits de l’antiquité, le souvenir des supplications publiques, le spectacle des vœux et des prières dans les temples, soit à la menace de quelque grand malheur, soit à la nouvelle de quelque grande prospérité, montrent assez que les peu-
1 Le libertinage combattu par les anciens philosophes .
pies avoient le sentiment profond d’une Providence tutélaire, et qu’ils portoient vers elle leurs regards, suivant les accidens variés de la fortune. Souvent ils faisoient un effort pour lui ravir ses secrets ; après que les oracles avoient dévoilé les mystères de l’avenir, ils essayoient de la fléchir par leurs sacrifices ; c’étoit un mouvement subit de leur conscience, qui se tournoit vers Dieu , maître et conservateur du 'monde ; et les historiens de l’antiquité, fidèles à saisir toutes les pensées des peuples, et celles principalement qui se rapportent à la croyance des dieux, parce qu’elles sont les plus dramatiques et les plus touchantes, ne manquent jamais de faire remarquer cette foi qu’ils avoient dans leur protection et leur providence. Ainsi se perpétuoit dans la société des hommes le dogme de la providence de Dieu, croyance altérée fort souvent par la terreur des peuples et par leur ignorance, mais qui n’en subsistoit pas moins au fond des consciences malgré les pratiques superstitieuses auxquelles elle pouvoit donner lieu.