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dans tout le royaume, et cette société respectable s’e'nonçoit avec des témoignages glorieux qui formoient un nouveau contraste avec les témoignages de défaveur dont on venoit en France de frapper cet ouvrage *•
Enfin parut la traduction italienne du P. Bruschelli, savant professeur de métaphysique et de logique, auteur lui-même de doctes écrits, et digne de donner par son assentiment de l’autorité à un livre honoré de son suffrage. Il seroit peut-être difficile de faire usage de tout ce qu’il y a de bienveillant et d’honorable dans les jugemens que le P. Bruschelli a portés sur l’ouvrage qu’il a traduit. Pourtant, comme il s’agit ici de montrer des contrastes, le public permettra que quelques-uns de ces jugemens lui soient soumis, etpeut-être entre l’écrivain irrité qui a assuré six mois de suite que l’ Introduction à la Philosophie étoit un sot ouvrage, et le trop indulgent professeur qui veut bien dire que c’est un ouvrage sublime , les hommes désintéressés croiront- ils pouvoir porter un jugement intermédiaire, en le désignant simplement comme un ouvrage de sens commun et de vérité.
Quoi qu'il en soit, voici quelques-uns des termes du P. Bruschelli. Il n’y a pas jusqu’à la destitution de Fauteur qui ne lui ait inspiré quelques paroles de bienveillance. « Il est donc vrai, dit-il, qu’aussitot qu’il vient à paraître quelque ouvrage, où soit combattue
i Voyez l’édition de Louvain, avec l'approbation ecclésiastique.
la philosophie, tous les impies se liguent pour en empocher l’effet, en décriant l’auteur, s’ils ne le peuvent autrement, et faisant meme servir plus d’une fois à leurs desseins ceux-là meme qui par devoir et par position sont; chargés de protéger la bonne cause , mais qui par une extrême bonté de cœur, ou par la perfidie des médians auxquels ils doivent déférer, tombent souvent dans l’erreur sans s’en apercevoir.»
Mais ce n’est pas sur de tels souvenirs que doit s’arrêter la pensée dans une question de philosophie. Il faut voir comment le P. Bruschelli est entré dans la doctrine de l’auteur, dans cette doctrine flétrie parmi nous comme scandaleuse. Lorsqu’il est arrivé à la fin de la première partie de l’ouvrage, il s’exprime en ces termes : « La seconde partie de cet ouvrage distingué sera une très-exacte application de tous les principes exposés jusqu’ici par M. Laurentie. Si ce que nous avons vu présente la plus grande utilité pour quiconque s’occupe des études sublimes de la philosophie, ce qui nous reste à voir répandra une lumière si belle sur cette science, que je ne la saurois faire comprendre par la parole. L’ontologie, dont les théories furent toujours un écueil périlleux pour les professeurs , plus encore peut-être que pour les disciples, devient, avec la doctrine de M. Laurentie, une partie de la philosophie tellement claire qu’il n’y a peut-être pas d’esprit, quelque borné qu’il soit, pour qui elle ne soit parfaitement intelligible. La métaphysique la plus sublime y est développée avec une admirable simplicité; et la
partie de la morale en a été rendue également claire et agréable. Jeunes Italiens , pénétrez-vous bien de ces doctrines, et par leur secours vous éviterez assurément la corruption de votre cœur , parce que votre esprit n’aura pas la prétention de mépriser tout ce qui ne se peut démontrer uniquement par la raison privée. »
C’est ainsi que s’exprime le P. Bruschelli sur Y Introduction à la Philosophie. « C’est là, dit -il ailleurs , un ouvrage très-sublime, et le parcourir superficiellement serviroit un peu moins que de ne pas le lire du tout. 11 exige une grande réflexion, et il faut encore se dépouiller de toute prévention, de tout esprit de système et de parti, pour en apprécier l’utilité et la justesse. » 11 y a dans ce jugement de l’exagération italienne, l’auteur en est très-convaincu. Il y en a sans doute aussi beaucoup trop dans la note où le P. Bruschelli applique à M. Laurentie les éloges que celui - ci avoit décernés àM. de Maistre, à M. de Bonald et à M. de La Mennais. Mais il ne s’agit pas ici d’une question de modestie, et il y auroit vraiment trop de vanité à se laisser éblouir par de tels rapprocbemens du bienveillant traducteur. Il s’agit de l’ensemble des doctrines ; et sous le rapport de la vérité, il est permis à l’écrivain le plus humble de vouloir rivaliser avec les plus grands génies.
« J’ai cru ce livre très-utile, dit encore le P. Bruschelli en répondant à quelques critiques, et ce jugement a été celui de plusieurs philosophes très-
respectables et pleins de religion . Après tout,
j’ai traduit un ouvrage où il est parle de Dieu et de la morale, comme il faudroit qu’il en fut parlé toujours dans les ouvrages de cette nature. »
Tel est le jugement du P. Bruschelli, et il l’exprime en plusieurs endroits dans ses notes, et principalement dans la dédicace qu’il fait de son travail au cardinal Fr. BertazzoJi, président de la Congrégation des Etudes ; de sorte que ce témoignage, rendu public sous les auspices les plus élevés et sous l’approbation de l’auguste autorité du souverain pontife, est la plus haute réponse à tout ce qui a été écrit de plus injurieux en France contre M. Laurentie,et contre les doctrines catholiques qu’il a appliquées à la philosophie.
Il est superflu de mentionner d’autres suffrages; il scroit aisé de montrer les progrès que ces doctrines de sens commun et de foi ont faits dans renseignement, parle nombre des écoles qui ont adopté l’ouvrage de M. Laurentie. De sa vans professeurs de Besançon l’ont particulièrement consacré par leur témoignage, en le faisant servir de complément aux discussions fondamentales du Dictionnaire théologique de Bergier*. Il est aussi des suffrages particuliers qui ne sont pas sans autorité. Il en est un entre autres qui devoit être cher au cœur de M, Laurentie, c’est celui d’un homme vénérable, d’un recteur de l’Université, son ancien maître et son ami ; suffrage
Voyez l’édition nouvelle des liéres Gaulliier.
d’autant plus remarquable qu’en adoptant dans sa généralité l’enseignement de l’ Introduction , le bon maître protestoit avec vivacité contre l’autorité des
doctrines de M. de La Mennais. Etonnante préoccupation d’esprit qui méritoit d’être consignée dans cette notice, où sont mentionnées quelques bizarreries curieuses! Il faut croire que l’amitié du maître pour le disciple, d’un coté, et la prévention de l’ancien professeur de philosophie , de l’autre, donnoient lieu à cette contradiction. Mais elle montre que dans les matières de ce genre mille causes peuvent produire l’erreur. A la fin, les hommes apprendront peut-être à se défier des considérations personnelles, et le temps semble être venu où l’intérêt de la vérité doit vaincre toutes les passions, et dominer, dans les âmes droites, toutes les pensées d’amour propre et de vanité.
Nota. La traduction du P. Bruschclli est arrivée trop tard en France pour que l’auteur ait pu profiter de deux ou trois notes critiques sur quelques expressions peu exactes ou qui sembleroient avoir besoin d’explication. M. Laurenlie appelle l’indulgence sur tout ce qui est encore bien défectueux dans un ouvrage qu’il auroit voulu pouvoir rendre digne d’un si grand sujet.