III. Les sens ne nous trompent pas . Ici la philoso
phie se trouble; et la voilà contrainte aussitôt d’invoquer la révélation 3, c’est-à-dire de supposer Dieu pour attester la véracité des sens. Mais elle dit aussi : Les
1 P Ml. de Lyon, tom.I, de Mot.judic.
2 Voyez les Traités de Descartes , et toutes les Philosophies qui ont suivi.
3 P h il. de Lyon .
sens ne nous trompent pas, en ce sens que ce qu’ils rapportent à l’âme n’est pas autre que ce que lame perçoit sur leur témoignage. Grand raisonnement ! comme on le voit, mais qui n’en laisse pas moins dans l’incertitude la première question , et qui fait une démonstration d’un principe qu’on pourroit nier, sans qu’aucune preuve logique devînt possible.
Et parce que ces raisonnemens manquent de base, je ne conclus pas que le sens intime, l’évidence et les sens nous trompent, quoique la logique ordinaire dût être également impuissante à réfuter, par des preuves tirées d’elle-même, cette proposition désespérante; mais je dis que la logique qui cherche les motifs des jugemens humains dans l’homme considéré isolément, bâtit des raisonnemens dans les airs, et prouve les questions par elles-mêmes, sans pouvoir jamais sortir de ses incertitudes philosophiques.